samedi 21 novembre 2020

Calamitas calamitatum ou billet d'humeur à l'américaine (3)

 Un tournant mondial : le passage à la vitesse supérieure du néo-globalisme

La victoire volée de Biden résonne au-delà du macrocosme politique américain. La portée globaliste de l’establishment et de ses réseaux est une raison majeure de l’importance stratégique de l’élection présidentielle. Biden est appelé à être un des maillons de la toile du néo-globalisme, ce « monde d’après » le covid évoqué par Macron et consorts, étape supérieure d’un nouveau (dés)ordre mondial dénoncé par Roberto de Mattei[1]. Nous reparlerons de la perspective eschatologique du phénomène. Contentons-nous d’en observer brièvement les rouages de la politique inscrite sur les tables d’airain de l’agenda mondialiste. Car cet agenda est bien une réalité, n’en déplaise aux chasseurs de « fake news » et de complotistes en tout genre.

Le néo-mondialisme s’appuie déjà sur le fonds de la culture de mort dénoncée par Jean Paul II[2]. Et le vieux Joe, prétendu catholique, en est un artisan invétéré. Quoi de plus de normal de passer du vote des morts à la culture de mort ! Quant à l’hystérie collective du giron progressiste de la gauche américaine – excusez le pléonasme – incarnée dans Kamala, à la suite de la pythie du progressisme juridique, la défunte RBG – paix à son âme – elle en est le vecteur puissant, soutenu par les finances des lobbies. Car les frantic Dems sont de retour : gare aux pro Life et autres fauteurs de la culture de vie ! Heureusement notre Donald a eu le temps de verrouiller in extremis le sanctuaire de la Cour suprême en y plaçant une force conservatrice majoritaire. Mais cette force sera-t-elle respectée par nos socialos en ébullition ? Ils voudront implacablement imposer de nouveau l’héritage d’Obama, l’inaltérable héritage de cette icône intouchable, la grande divinité du panthéon démocrate.

Et puis l’épopée guerrière renaîtra, le vieux Joe jouera au bowling sur la scène médio-orientale et enchaînera les coups de poker avec ses amis chinois pour revenir aux temps (maudits) de l’administration Obama. Et il y aura aussi et surtout le grand projet dont nous rebattent les oreilles Klaus Schwab et Bill Gates, le fameux Great Reset, qui a fait la une du Times.


Ce
Great Reset est l’étape supérieure du mouvement globaliste. C’est l’avenir du monde d’après le covid – le « monde d’après », toujours lui. C’est le plan qui « veut soumettre l’ensemble de l’humanité, en imposant des mesures coercitives qui limitent drastiquement les libertés des personnes et des peuples[3] » explique Mgr Viganò dans sa dernière lettre ouverte au président Trump. Un tel projet a été pensé et financé par le forum économique mondial de Davos[4] et la fondation Gates. Sous prétexte de changer le système mondial, dont la pandémie a prouvé une fois de plus la fragilité, nos grands penseurs ne parlent pas d’une révolution positive, mais d’une réinitialisation, comme un ordinateur qu’on veut remettre à zéro. Les raisons de ce changement drastique sont d’ordre social et environnemental. Car oui, il fallait bien parler de l’environnement, enfin du délire environnementaliste basé sur la vision ultradogmatique des réchauffistes et les gesticulations de tante Greta. À leurs yeux, Trump était un ennemi de l’environnement. Lui faire échec est le moyen indispensable pour lancer la manœuvre à l’échelle internationale, en s’attaquant à l’homme, criminel par essence – et par diesel – contre la Terre Mère glorifiée par François dans son Laudato si. Et comment circonvenir l’humanité sinon en restreignant ses libertés et en imposant comme une vérité intransigible les dogmes du néo-malthusianisme, c’est-à-dire ceux de la culture de mort ? L’avortement si cher à Kamala – et au vieux Joe, « catholique », par-dessus le marché – et l’euthanasie, ces deux mâchoires des tenailles avec lesquelles on arrache la vie, sont les piliers du progressiste et les armes du Great Reset.

Voilà donc le monde d’après, voilà donc le Biden-Harris dream. Car la célèbre sentence de Martin Luther King – « I have a dream » - semble avoir trouvé, aux yeux des mondialistes, sa plus belle expression, sa parfaite réalisation dans l’héritage obamien. C’est le « Je vois venir l’aurore d’un monde merveilleux » de Victor Hugo, prophète utopiste d’un siècle qui aura été le plus sanglant – en attendant les résultats non moins désastreux sur le plan humain du XXIe. Le meilleur des mondes d’Huxley et la Tactique du diable de Lewis connaissent leur pleine réalisation depuis 1968, depuis l’Obama Era[5], depuis la covidomania. Ce meilleur des mondes c’est le monde de Sleepy Joe, qui sera la marionnette du nouveau désordre mondial ; c’est le monde de Greta, la pythie de l’écologisme rougeâtre, c’est le monde de François, le pachapapa d’une religion nouvelle. C’est au fond le triomphe de la haine sous l’apparence du bien, cette pseudo-moralisation prônée par le vieux ténor démocrate. Il est beau le modèle de vertu, d’honnêteté, de probité, qui va rétablir la décence à la Maison blanche face au « vulgaire » et « houspilleur » Donald.

Pour en finir avec le vieux Joe : la dimension eschatologique de l’élection américaine

Et Dieu dans tout ça ? Entre Joe le pseudo catholique et Donald l’évangéliste, le choix est vite fait. Si Dieu est pris à témoin dans chaque camp, le simple bon sens nous fait discerner le vrai du faux. Les évidences sont là, une fois encore, comme à l’issue du match truqué des élections. Aldous Huxley écrivait : « La philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous paraît évident. La propagande, au contraire, nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter. » Pas besoin d’avoir fait les grandes écoles pour savoir où classer les media mainstream… Il est évident pour tout chrétien digne de ce nom, catholique ou évangéliste, qu’un véritable combat eschatologique se manifeste à travers l’élection américaine. Il suffit de lire un certain archevêque, ancien nonce aux États-Unis, fin connaisseur des rouages de la politique américaine, j’ai nommé Mgr Viganò. « Fake news ! Complotiste ! » Comme d’habitude… La théorie du complot sort toujours du chapeau pour faire taire les pourfendeurs du politiquement correct. Quand on veut noyer son chien, on l’accuse de la rage. Passons. Le 7 juin 2020, le diplomate publiait sa première lettre ouverte au président américain, dans laquelle il écrivait : « Monsieur le Président, dans la société, ces deux réalités opposées coexistent comme des ennemis éternels, tout comme Dieu et Satan sont des ennemis éternels. Et il semble que les enfants des ténèbres – que l’on peut facilement identifier au deep state auquel vous vous opposez avec sagesse et qui vous mène une guerre acharnée en ce moment – ont décidé d’abattre leurs cartes, pour ainsi dire, en dévoilant maintenant leurs plans[6]. » Le combat entre le Bien et le Mal, qui ne date pas d’hier, est au cœur de la crise mondiale, au cœur de l’élection américaine. Le 5 novembre, il dénonçait la fraude électorale et la censure médiatique, invitant les uns et les autres à la prière et avertissant l’Amérique des menaces pesant sur l’authentique liberté des enfants de Dieu[7]. Mgr Strickland, le courageux évêque catholique de Tyler, qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense contrairement à nombre de prélats soumis au politiquement correct[8], défendait le père Almann, prêtre du diocèse de La Crosse, qui osa mettre en garde les catholiques américains contre le vote démocrate[9].

Le combat de la culture de mort est le combat du XXIe siècle plus encore que celui du siècle passé. Heureusement les voix s’élèvent toujours, aussi minoritaires soient-elles, et la lampe laissée sous le boisseau pendant tant d’années d’enfouissement après le concile Vatican II est remise sur le lampadaire par des prêtres et des évêques courageux, capables de prêcher à temps et à contretemps, au risque de devenir la proie des médias, des lobbies et des establishments. L’élection américaine est un signe des temps. Un signe à méditer plus que jamais qui nous rappelle que notre oui doit être un oui et notre non un non, n’en déplaise à Joe l’hypocrite à la foi galvaudée !

Qu’en conclure ?

Cela fait quatre ans qu’on nous rebat les oreilles avec la « fracture américaine[10] ». Qu’en penser ? À qui la faute ? Certainement pas à Donald Trump, qui a hérité de ruines fumantes et d’une société blessée au cœur. Quoi qu’il advienne, dans les semaines qui arrivent, de la résolution de cette crise politique, soyons bien certains que « la révolution Trump[11] » dont parlait Guy Millière a bien eu lieu. On ne pourra pas rayer d’un trait de plume l’administration du Donald, la grande ferveur de la nation américaine, le retour aux sources du rêve américain. Ce ne sera pas une parenthèse de l’histoire, loin de là[12]. Quant au Fake Biden, president of the Fools, nous avons le devoir d’être vigilants, d’applaudir les réactions outre-Atlantique, mais aussi de prier pour sa conversion et son retour au chemin de la Vérité et du Bien. Telle est notre mission essentielle. Quant à ce rigged mandate, signe pathétique de l’essoufflement d’un idéal démocratique qui n’a de démocratique que le nom, espérons qu’il ne dure point pour le bien du peuple américain et pour le bien de l’humanité toute entière. We definitely hope so ! Et nous finirons en proclamant l’expression consacrée : God bless the United States of America !



[1] https://www.correspondanceeuropeenne.eu/2020/09/19/coronavirus-le-covid-19-et-le-nouveau-desordre-mondial/

[2] Jean Paul II, Lettre encyclique Evangelium vitæ (25 mars 1995).

[3] http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/10/31/vigano-lettre-ouverte-au-president-des-etats-unis/

[4] https://www.letemps.ch/economie/klaus-schwab-fondateur-forum-davos-quattendre-great-reset#:~:text=Le%20%C2%ABGreat%20Reset%C2%BB%2C%20un%20reboot%20de%20notre%20soci%C3%A9t%C3%A9&text=Le%20%C2%ABGreat%20Reset%C2%BB%2C%20dit,au%20niveau%20environnemental%20et%20social%C2%BB.

[5] https://www.theatlantic.com/projects/the-obama-era/

[6] https://leblogdejeannesmits.blogspot.com/2020/06/une-lettre-de-mgr-carlo-maria-vigano.html

[7] http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/11/05/fraudes-electorales-lappel-dramatique-de-mgr-vigano-aux-catholiques-americains/

[8] https://www.youtube.com/watch?v=DIHGPRUhQwQ

[9] https://www.youtube.com/watch?v=3-7eoTN2vNM&feature=emb_logo

[10] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/la-fracture-americaine-20201104

[11] Guy Millière, La révolution Trump ne fait que commencer, Paris, Valensin, 2016, 128 p.

[12] https://www.lefigaro.fr/vox/monde/et-si-la-revolution-trump-ne-faisait-que-commencer-20201105

jeudi 19 novembre 2020

Calamitas calamitatum ou billet d’humeur à l’américaine (2)

Une élection volée

L’establishment est la version contemporain et bien exécrable de la vieille oligarchie. R. Cascioli écrit : « Ce qui devait se produire, on l’a fait se produire : une oligarchie contre le peuple l’a décidé[1]. » Politiques, médias et lobbies en tout genre en ont la responsabilité. C’est aussi le constat d’un échec ancien, celui d’une unité solide à droite : à quand les vrais politiques de droite qui n’ont pas peur de dire ce qu’ils pensent ? À quand des médias authentiquement de droite ? À quand des groupes d’influence marqués par le retour aux valeurs essentielles de l’humanité ? Bref, à quand la fin des bagarres internes qui divisent sans cesse ceux qui prônent une société politique à rebours de la doxa gauchisante en vogue depuis tant de décennies dans tout l’Occident ? « L’union fait la force » dit la devise belge ; il est grand temps de la méditer sincèrement…

Dès le début de la campagne électorale, les dés étaient pipés. On connaît les failles du système électoral américain. Chaque élection met à découvert les irrégularités de nombreux votes et dépouillements dans divers États. Toujours les mêmes d’ailleurs, la Pennsylvanie, bastion démocrate, en tête de liste. Il est vrai que chaque État possède sa propre législation dans le domaine, ce qui rend encore plus complexe un système électoral assez déroutant, et c’est peu dire…

Le vote par correspondance (mail-in ballots) est la raison principale de la falsification des résultats. Un lanceur d’alerte interrogé par le New York Post, en août 2020, confessait sa propre expérience de fraudeur électoral. Selon lui, en raison du vote par correspondance, « la fraude est davantage la règle que l’exception[2] ». Et l’homme d’entrer on ne peut plus clairement dans les détails de cette vaste opération de trucage électoral : « Vous avez un facteur qui est un gars enragé anti-Trump et il travaille à Bedminster [PA] ou dans un autre bastion républicain… Il peut prendre ces bulletins de vote [remplis], et sachant que 95% d’entre eux vont à un Républicain, il peut simplement les jeter à la poubelle[3]. » Un témoignage parmi tant d’autres, mais qui ne trouve aucune faveur auprès des médias mainstream : « Fake news ! fake news ! » crient-ils, quand ça les arrange… Et tant qu’à faire, si Trump dénonce la supercherie, censurons-le sur Tweeter, ça lui fera les pieds. Le comble pour un média, c’est quand même de favoriser la censure…

Et puis nous avons la cerise sur le gâteau : les Dems ont invité au grand rendez-vous électoral non seulement les « minorités » – qui ne sont pas toutes tombées dans le panneau, Trump ayant enregistré des résultats en hausse de la part des Hispaniques et des Afro-américains… mais bon, ça doit encore être une « fake news » – mais aussi les zombies. Qui oserait dénier aux morts le droit imprescriptible du vote ? Les cimetières ont donc participé activement au succès (sic) du vieux Joe. RIP ! Mais quand vous tapez ça sur Google, vous obtenez par exemple :

Censure, censure, quand tu nous tiens ! Évidemment, quand ça vient du Monde, on pouvait s’y attendre. Laissons ce torchon tranquille et regardons ailleurs. Dans la Nuova Bussola, Stefano Magni, qui considère à bon droit que nous avons assisté aux pires élections américaines, pointe du doigts les noms de certains morts-votants : « William Bradley, né en 1902, mort en 1984, a pourtant « voté » dans le Michigan. Toujours dans le Michigan, à Detroit, le plus vieil électeur découvert jusqu’à présent est né en 1823, un homme bicentenaire[4]. » Pourquoi pas ? Il aurait été encore plus symbolique de faire voter un des signataires de la Déclaration d’indépendance : un beau geste en faveur du vieux Joe !

Et puis il y a les magiciens. À coup de baguette magique, on a vu les scores s’inverser, des centaines, des milliers de voix démocrates apparaître, quasiment à la suite, dans les 2 ou 3% restants de bulletins à dépouiller. Quel prestidigitateur ce Master Joe ! Lisons Stefano Magni : « On ne sait pas combien de ces anomalies sont connues, mais même dans les comptages eux-mêmes, il y a quelque chose qui ne colle pas. Le 4 novembre, entre 3 h 30 et 5 h du matin, 140 000 bulletins ont été comptés dans le Wisconsin… tous pour Biden, 200 000 dans le Michigan et un million en Pennsylvanie. Ils sont tous arrivés en même temps[5]. » Louis Jouvet aurait commenté : « Bizarre, bizarre ! » Mais pas CNN et le New York Times semble-t-il…

Et puis nous avons oublié nos amis propagandistes ! L’arrière-plan de l’élection était empoisonné par la manière dont les médias ont excellé dans le bourrage du crâne sur la gestion trumpienne des crises de 2020. Du coronavirus à la furie collective surnommée « Black lives matter », qui s’est grossièrement servie du honteux assassinat de personnes noires par des policiers blancs pour revendiquer un mouvement de protestation – que dis-je ? – de révolution contre l’administration républicaine. À partir de là, nous avons vu les rioters menacer de mort les policiers, brûler les magasins et les églises, saccager plusieurs villes sans que les municipalités ne levassent le petit doigt. Et quelles villes ! C’est on ne peut plus logique, il s’agit pour les plus marquées de villes… démocrates : Portland, Minneapolis, Chicago, New York ! Tous les sanctuaries de la criminalité dénoncés à de nombreuses reprises par Trump, mais chouchoutés par l’establishment démocrate – tiens, ça me rappelle un autre pays au passage ! Même le Courrier international, pourtant dans la nébuleuse du Monde, publiait en juin 2020 que « le “nihilisme de la culpabilité perpétuelle” des progressistes américains est une excuse commode pour masquer leurs erreurs[6]. » Cinquante ans de désastre urbain et social.

Covid et rioters ont fait les choux gras de la presse mainstream comme une belle planche savonnée contre Trump. Mais Trump n’a pas glissé, a gardé la tête haute jusqu’au bout. Il n’allait pas se soumettre aux arguties de ces bonimenteurs à la gomme.

Qui a dit que Trump était raciste ?

Et j’allais oublier les sempiternels sondages, polls comme on dit outre-Atlantique ! Vous savez ces courbes qui montent et qui descendent au gré de l’humeur des médias. Évidemment les mathématiques ne pouvaient pas laisser Donald tranquille, tout était bon pour imposer la température électorale qu’on voulait au moment opportun. Jusqu’au bout le poll-shit a fait ses preuves contre le président sortant, en dépit des résultats positifs qu’il a su faire survivre aux violentes attaques du coronavirus – les 33% d’augmentation du PIB au 3e semestre 2020 et le recul du chômage, c’est de la « fake news » aussi[7] ? On peut faire dire ce qu’on veut aux courbes et aux chiffres comme nous l’avons vu, comme le témoigne la remarquable envolée du vieux Joe en saut en hauteur lors des dernières heures du comptage de bulletins. Vérifiez par vous-mêmes !


Et pendant qu’on tapait sur Donald, qui se préoccupait de Sleepy Joe ? Une campagne au ras des pâquerettes, un bonhomme au bord de la sénilité, quel bel assortiment pour le deus ex machina de la gauche américaine. Alors on lui a casé Kamala comme vice-candidate, l’une des égéries de l’ultra gauche, philocommuniste, la pseudo-représentatrice des minorités, l’anti-Trump par excellence, « la candidate abortiste et extrémiste[8] » pour ne pas dire mieux que Stefano Magni. Bref une progressiste extrémiste à glacer le sang. Joe et Kamala, c’est le compromis de tous les Dems, la revanche de papy Bernie Sanders. Un sacré ticket ! Sans Kamala, que serait Joe ? Pas grand-chose. Le masque visé sur le nez, tel un Zorro de pacotille, et puis un selfie par ci, un discours devant 3 clampins par là, on ne peut pas dire que sa campagne fut une grande épopée de reconquête pour nos Dems. Alors que Kamala, c’est l’artillerie lourde, la grosse bertha de la pensée unique, la méduse du deep state, pour ne pas continuer la litanie…


Il faut dire que le pauvre Joe en aura bien besoin, car il laisse planer des doutes – « 
fake news » ! – sur ses capacités à affronter la lourde charge qui l’attend malgré lui. Il suffit de regarder des vidéos on ne peut plus officielles puisqu’elles proviennent des chaînes de télévision elles-mêmes (Waw !). Un florilège ? Le 22 août, il déclarait : « Je vais battre Joe Biden[9] » (I am going to beat Joe Biden). La schizophrénie le guette-t-elle ? Le 26 octobre, il confondait Trump avec George Bush[10] – on se demande lequel. Le 3 novembre, il confondait sa petite-fille avec son fils décédé, avant de se tromper de petite-fille[11]. Le bonhomme est-il fou ? Qui sait… Et après c’est Trump qu’on taxe de cinglé. À d’autres ! Mais tout cela semble annoncer une passation de pouvoirs effective d’un autre ordre : la vraie présidente sera Kamala, pendant qu’on enverra jouer aux fléchettes Sleepy Joe dans le basement de la Maison blanche, une destination qui ira bien pour le magicien qui fait voter ceux qui ont les pieds sous terre… Hey Joe, shut up and take your pills !

Et j’allais oublier la cerise sur le gâteau : le scandale de l’argent chinois. Mais non ! « Fake news » ! Deux poids, deux mesures. Les médias n’ont pas été aussi rapides à dénoncer la fake-newsity (pardon pour le néologisme…) des prétendues ingérences russo-ukrainiennes que les Dems ont voulu utiliser pour provoquer l’impeachment de Trump ! Et là nous avons le clan Biden qui nage dans le scandale. Toute la smalah copine avec la Chine, l’émissaire étant Hunter, le fils du vieux Joe, et ça remonte au temps béni de Barack avec un fonds d’investissement colossal agrémenté de dessous-de-table sympathiques[12]. Et puis il y a les accointances ukrainiennes, avec les e-mails récemment dénoncés par un lanceur d’alerte. Des plaintes ont été déposées, le FBI enquête, Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York et avocat de Trump, s’est jeté sur le ring, mais rien n’a abouti. « Lubie du Donald ! » crient les médias ! Fermez le ban. Il n’y a que la gauche qui a le droit d’attaquer et de se plaindre, c’est bien connu. Le Bidengate est mort né et Chinaman occupera la Maison blanche, au grand soulagement de l’inquiétante puissance communiste. Mais enfin, si le communisme entre à Washington, Kamala sera là pour y veiller. En témoigne la joie non voilée des dictateurs communistes latinoaméricains, tel Maduro au Venezuela[13], les défenseurs du régime cubain nostalgiques de l’Ostpolitik obamienne[14], sans oublier les amitiés chinoises de la tribu Biden, qui ont trouvé enfin leur interlocuteur dans le vieux Joe.

Bref, tout ce cocktail bien imbuvable met pleinement à jour la vaste supercherie – bip ! « Fake news » !! – de cette élection 2020 qu’on pourra à jamais qualifier de prank election, farce électorale, symbole d’une démocratie essoufflée, moribonde. Chief Joe restera aussi dans l’histoire comme Thief Joe, Joe le voleur sorti d’une vignette de Lucky Luke, à la tête d’une Fraudster administration annonciatrice de happy days… Mais attention, après avoir passé quatre années dans l’acharnement féroce contre Trump, les Dems nous offrent la guérison des blessures et la paix. Nous voici rassurés…



[1] http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/11/07/les-elections-presidentielles-aux-usa-sonnent-la-fin-de-la-democratie/

[2] « But the political insider […] said fraud is more the rule than the exception. » Jon Levine, « Confessions of a voter fraud: I was a master at fixing mail-in ballots », New York Post, 29 août 2020.

[3] « You have a postman who is a rabid anti-Trump guy and he’s working in Bedminster or some Republican stronghold … He can take those [filled-out] ballots, and knowing 95% are going to a Republican, he can just throw those in the garbage. » Ibid.

[4] Stefano Magni, « Poste, giudici e morti votanti : le peggiori elezioni », La Nuova Bussola Quotidiana. Traduction par le site benoit-et-moi : http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/11/06/postes-juges-et-morts-qui-votent-les-pires-elections/

[5] Ibid.

[6] Daniel Henninger, « Dans les villes américaines, l’échec de la gauche est “patent” depuis 1968 », Courrier international, 12 juin 2020.

[7] https://www.xtb.com/fr/analyses-marches/breaking-le-pib-americain-augmente-de-33-1-au-troisieme-trimestre-les-demandes-hebdomadaires-au-chomage-sont-inferieures-aux-attentes

[8] Stefano Magni, « Kamala Harris, la candidata abortista ed estremista », La Nuova Bussola Quotidiana, 13 août 2020.

[9] https://www.youtube.com/watch?v=EtQ40Psh6UQ

[10] « What kinda country we’re gonna be… 4 more years of George… uh… George… uh ».  https://www.youtube.com/watch?v=Gj0DRjlfvhw

[11] https://www.youtube.com/watch?v=kaf9KZhMGDM

[12] https://fr.irefeurope.org/Publications/Articles/article/Les-tres-suspectes-et-lucratives-affaires-de-la-famille-Biden

[13] https://thepostmillennial.com/venezuelan-president-maduro-congratulates-joe-biden-says-hes-ready-for-dialogue

[14] https://fancuba.com/2020/11/04/pourquoi-les-cubains-esperent-lelection-de-biden/

lundi 9 novembre 2020

Calamitas calamitatum ou billet d’humeur à l’américaine (1)

Après deux ans d'absence, nous voici de retour !

Un Français qui réfléchit sur la politique américaine, ça peut faire toujours sourire. Pourquoi s’intéresser aux États-Unis ? Parce que ce pays a toujours été en avance par rapport au reste du monde occidental, dans le bien comme dans le mal ; parce que l’Europe vit globalement, sans oser l’avouer, au diapason des évolutions politiques, économiques, sociales et sociétales de ce vaste pays, qui est comme le thermomètre sinon le sismographe des progrès – ou des régressions érigées en progrès – de l’humanité. C’est tout le fonds du messianisme américain, qui trouve sa source dans les puritains du Mayflower, qui s’ancre dans une vision religieuse, téléologique de la raison d’être des États-Unis, qui « doivent diriger le monde en portant le flambeau moral, politique et militaire du droit et de la force, et servir d’exemple à tous les peuples[1]. » Le flambeau moral de la statue de la Liberté consiste en cette exemplarité de la nation américaine, comme base fondamentale d’une « colonisation » morale de l’humanité tout entière. Si, en Europe, nous pouvons contester cet apanage messianiste, nous devons néanmoins reconnaître que l’influence américaine reste encore aujourd’hui décisive quant aux évolutions du monde entier. Ainsi, notre regard porté sur l’Amérique et les tristes évènements qui viennent de se dérouler, doit être un regard d’évaluation et d’anticipation, car la France comme l’Europe vivent mutatis mutandis une situation similaire, une impasse politique, sociale et économique, aggravée par le facteur Covid et sa manipulation médiatico-politique, le grand prétexte pour imposer le mystérieux « monde d’après » – pas si mystérieux que ça d’ailleurs. Nous voyons ainsi tout l’intérêt de groupes de réflexion et d’analyse, tel le Comité Trump France, qui, ce que nous apprécions sans réserve, a le courage de dire ce qu’il pense[2].

Tristes jours que cette première et interminable semaine de novembre 2020. Une nouvelle fois, osons le dire, c’est le monde tout entier qui se trouve plongé dans les ténèbres d’un avenir inquiétant. La fin d’une époque. Cette année, la Thanskgiving aura des allures de banquet funèbre. Que sera le monde d’après-janvier 2021 ? Nous n’augurons pas grand-chose de bon, et c’est un euphémisme. Mais pourquoi, me direz-vous, ce discours apocalyptique ? C’est bien simple pourtant, la réponse est : ils ont gagné. Mais qui sont « ils » ?

La revanche de l’establishment

La sinistre victoire des démocrates à l’élection présidentielle américaine de novembre 2020 n’est pas sinistre pour tout le monde. J’entends d’ici, sans même allumer la radio ou la télévision, sans même lire les coupures des journaux français mainstream, du Monde au Figaro, en passant par Ouest-(F)rance, la fameuse serpillère des cathos de gauche, j’entends ici les cris de joie, l’émotion incomparable, le délire collectif répandus au-delà même le territoire américain, des ministères aux chambres, des universités aux loges, des syndicats aux évêchés (oui j’ose le dire) : Trump est mort, vive Biden !

Car c’est bien une victoire, assouvie après quatre années de bourrage de crâne, quatre années de haine, quatre années de mépris. La gauche américaine a réussi à abattre le colosse qui semblait insubmersible, par la magie des urnes, en dépit de la popularité et des résultats du mandat du Donald.

Cette victoire des démocrates est d’abord une victoire américano-américaine. C’est la victoire de l’establishment. Qu’est-ce que l’establishment ? En 1955, Henry Ferlie en parlait comme de « la matrice des relations officielles et sociales au sein de laquelle le pouvoir s’exerce[3]. » Car l’establishment impose son pouvoir au sein des institutions qu’il domine – on l’a vu avec la Cour suprême avant la nomination des trois juges conservateurs par Trump – et de tous les réseaux sociaux qu’il engage et qui l’assistent en échange – les médias et les lobbies en première ligne. Une sorte de féodalité politique contemporaine, l’esprit chevaleresque en moins… La définition de Philip Thody est encore plus percutante. Pour lui l’establishment désigne un « groupe puissant de nantis, de gens en place qui défendent leurs intérêts et l’ordre établi[4]. » La dimension oligarchique – et même ploutocratique – est clairement manifestée avec le soin primordial des intérêts du groupe – et de leurs partenaires « vassaux » précités – et le maintien d’un « ordre établi » qui n’est rien d’autre que le système, ce Léviathan politique, économique et social qu’on cherche à maintenir à tout prix sans tenir compte du bien commun, des légitimes intérêts des nations et de l’authentique justice sociale.

Ah que Trump ne plaisait pas aux grands ténors de l’establishment américain ! Il n’était pas un des leurs, ne faisait pas partie de leur petit cercle, mais ce magnat de l’immobilier, ce présentateur de téléréalité propulsé on the political stage, et qui, par son aura médiatique (en dépit des médias), par son charisme inégalé, par la confiance qu’il a su inspirer aux millions d’Américains victimes de la désastreuse politique du bien-aimé (sic) Obama, a gagné l’élection 2016 face à l’incarnation même de l’establishment, crooked Hillary, l’inquiétante multimillionnaire, l’ambitieuse ex-première dame, l’implacable secrétaire d’État du pacifique (re-sic) Barack.

Si Trump peut parfois objectivement agacer par son style – un style sur lequel il joue stratégiquement comme d’un imperium charismatique – est-ce bien une raison pour s’acharner sur lui avec une spontanéité aussi féroce ? En tout cas tout est une raison pour les cerbères de l’establishment. Car il fallait rejeter Donald, son langage anticonformiste, sa parole libre, ses intuitions à rebours de la doxa globaliste et politiquement correcte, pour revenir à l’incomparable éthique de Dems en mal de pouvoir, les pauvres victimes de l’abominable cauchemar du 8 novembre 2016 auquel il fallait tôt ou tard mettre un terme. Ils n’étaient pas les seuls en plus : la grande fraternité mondiale des démocrates en marche ne pouvait supporter le locataire de la Maison Blanche. Comment faire rentrer dans le club fermé des puissants de ce monde cet homme étonnant, imprévisible, fantasque ? Et puis il y a la machine à assassiner : les mass media, toujours présents pour taper sur la victime expiatoire au goût du jour. « Trump les a rendus fous » écrit Antonio Socci : « Contre lui est venue à la lumière, sans plus de poses hypocrites, toute la machine de la haine internationale qui s'étend du Deep State américain au système médiatique, déstabilisés par ce président qui démolit la dictature du politiquement correct[5]» Le Deep State, l’état profond, est l’incarnation, la citadelle même de l’establishment. Du Pacifique à la Méditerranée, tous unis, dans une internationale du papier et de la télévision, contre Trump le fou, Trump le clown[6], Trump le goujat, Trump le machiste, Trump le raciste, Trump le mauvais, le « méchant par antonomase » pour reprendre l’expression bien ciblée de Riccardo Cascioli[7]. Quatre années de moqueries gratuites, se réduisant au final à gloser sur la couleur de la robe de Melania, sur la cravate de Donald, sur le sweat shirt de Barron. Tout passe aux rayons X de ces spécialistes en tout et en n’importe quoi qui dégoisent sur les colonnes ou sur les écrans. Un exploit journalistique, un sens aigu de l’information… du niveau de Closer ou de VSD. Génialissime. Par contre, les progrès économiques, la baisse du chômage, les résolutions de paix au Moyen Orient – si fragiles soient-elles – et la sécurisation des frontières : nada ! Pourquoi dire du bien de l’ennemi à abattre ? Pourquoi transmettre à nos lecteurs et auditeurs des informations positives, vraies ? Désinformation, quand tu nous tiens !

Il est vrai que personne n’aurait oser se faire la tête du dieu Obama. Ah quel modèle ! Je les entends ici, les yeux pleins de larmes à moins qu’ils soient complètement shootés : « Quel couple merveilleux Barack formait avec Michelle, la romance inédite du Rose Garden, une sitcom de huit années qu’on regrette avec déchirement. Et puis Barack, lui, il ne se comportait pas comme le plouc new-yorkais à la mèche blonde. Un modèle. Un exemple. [Snif] Même quand il mettait ses jambes sur le bureau de l’Oval office, alors qu’en d’autre temps Billy courtisait les stagiaires. Ah Billy, toi aussi tu nous manques, et la merveilleuse Hillary, qui aurait pu être la première femme président des États-Unis, inaugurant peut-être une ultime saison de Dallas au 1600 Pensylvannia Avenue. Un rêve parti en fumée… Heureusement il reste le joker, la carte du vieux Joe, cet aristocrate de la politique américaine : 47 ans au compteur, du jamais vu, et papi tient toujours le choc. C’est lui le sauveur de l’Amérique, que dis-je, le sauveur de l’humanité face au fasciiiiste Donald ! » Rideau. Applause.

Voilà l’establishment, l’entre-soi des politicomaniaques, de la Californie au New Jersey, qui veut durer, qui veut survivre, qui veut le pouvoir éternel, avec toute la corruption qui l’accompagne, avec toutes les concessions à l’esprit progressiste qui donne le ton outre-Atlantique depuis tant d’années avant de se diffuser dans le reste du monde. Voilà ce contre quoi Trump a lutté dès sa campagne de 2016 : l’Obamacare, la destruction de l’industrie américaine, le chômage et son cortège de misères, les failles d’un système entretenu par l’acharnement thérapeutique de l’establishment, le fanstasme utopique de l’immigrationisme sans bornes, l’illusion du bien lointain American dream, les guerres sans fin entretenues par les administrations successives – ce dernier succès faisant de Trump « le président le plus pacifique depuis la fin de la guerre froide[8] » souligne Alexandre del Valle. Et j’en passe. Et le vieux Joe est l’héritier de tout ce grand bazar, lui qui fut le vice-président d’Obama pendant 8 années, l’animateur zélé des guerres sans fin de l’Amérique : il est l’establishment incarné pour ne pas dire momifié. Pour Trump, au contraire, il fallait restaurer le seul slogan capable de redonner à l’Amérique son identité et sa dignité propre : Make American Great Again. Quatre mots puissants, capables de servir de modèle aux autres nations, comme l’a rappelé Donald dans un de ses messages de campagne. Mais ces quatre mots, l’establishment n’en voulait pas, les démocrates les vomissaient, les républicains progressistes en avaient honte. Et pourquoi ? Parce que le bien de l’Amérique est toujours du côté de l’establishment. Parce que aussi la vraie moralité politique ne peut sortir de son cercle étroit. Dès lors, face à Trump, le vieux Joe s’est érigé en moralisateur d’une politique américaine prétendument galvaudée par Donald. Il a été intronisé comme l’icône adorée des médias.



[1] Déclaration du sénateur Jesse Helms en 1996, cité in Philip S. Golub, « La tentation unilatérale des États-Unis », Le Monde diplomatique, juillet 2001.

[2] https://www.trumpfrance.com/

[3] « By the 'Establishment', I do not only mean the centres of official power — though they are certainly part of it — but rather the whole matrix of official and social relations within which power is exercised.» Henry Fairly, in The Spectator, 23 septembre 1955.

[4] Philip Thody, Le Franglais: Forbidden English, Forbidden American: Law, Politics and Language in Contemporary France, A&C Black, 2000, p. 123.

[5] Antonio Socci, « La vittoria di Trump e la rabbia dei suoi nemici. Un grande presidente per liberarsi dalla dittatura politically correct », Blog Lo Straniero, 1er novembre 2020. Traduction par le site benoit-et-moi : http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/11/02/trump-les-a-rendus-fous/

[6] http://oldgaffer.canalblog.com/archives/2020/11/08/38636998.html

[7] http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/11/07/les-elections-presidentielles-aux-usa-sonnent-la-fin-de-la-democratie/

[8] https://www.youtube.com/watch?v=gu37RzS_yE8

[9] http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2020/11/07/les-elections-presidentielles-aux-usa-sonnent-la-fin-de-la-democratie/

[10] « But the political insider […] said fraud is more the rule than the exception. » Jon Levine, « Confessions of a voter fraud: I was a master at fixing mail-in ballots », New York Post, 29 août 2020.

[11] « You have a postman who is a rabid anti-Trump guy and he’s working in Bedminster or some Republican stronghold … He can take those [filled-out] ballots, and knowing 95% are going to a Republican, he can just throw those in the garbage. » Ibid.

samedi 3 novembre 2018

Les papes face à la Première guerre mondiale


            Depuis sa divine fondation, l’Église est appelée à répandre dans le monde entier le règne du "prince de la Paix", du Christ Roi venu pour réconcilier les hommes avec leur Créateur et avec leurs frères. De tous temps, la guerre s'est révélée être une des conséquences du péché originel ; elle est le refus de la paix et de la réconciliation. Dans toute guerre, il y a les responsables et les victimes, les agresseurs et les agressés. Et si l'histoire nous montre que chaque partie a sa part de responsabilité au sujet du sang versé, elle nous dit aussi qu'il existe des guerres justes et des guerres injustes. Mais qui a le pouvoir de définir ce qui est juste et ce qui est injuste ?
            En fondant son Église comme médiatrice entre Dieu et les hommes, le Christ a voulu lui confier aussi un rôle de médiation entre les hommes, qui va "au-delà" si l'on peut dire du domaine proprement théologique. La médiation de l’Église est supra-confessionnelle. Certes, c'est au nom de la Vérité même qui est le Christ que l’Église agit en tout et pour tout. En intervenant pour empêcher les conflits d'éclater entre les peuples et entre les États, l’Église ne trouble pas l'équilibre des pouvoirs spirituels et temporels. Au fond, c'est la loi morale - qui vient de la loi divine, dont elle est la garante - que l’Église veut rappeler aux hommes, dans la neutralité la plus totale.
            Cette neutralité n'a pas toujours été respectée comme l'histoire nous le montre. Et pas uniquement lorsque les intérêts mêmes de l’Église étaient menacés par l'une des parties belligérantes. La faiblesse des hommes est là. La confusion des pouvoirs a parfois aveuglé l'esprit de certains papes, pour défendre bien souvent des intérêts matériels. Mais ces égarements d'une époque ne doivent pas nous faire suggérer une défaillance totale et définitive de l’Église dans le domaine.
            L'histoire plus récente de l’Église nous montre bien au contraire que l’Église s'est révélée et a su se faire respecter comme le médiateur le plus sûr et le plus crédible. Malheureusement, la révolte des hommes contre Dieu a voulu prétendre que l’Église n'avait plus son mot à dire dans le domaine. Les tenants du laïcisme et de la sécularisation ont voulu réduire l’Église à ses compétences religieuses de manière exclusive. C'est dans cette optique qu'on a voulu créer - quand bien même on pourrait constater une bonne volonté originelle - un organisme supranational et intergouvernemental pour faire office de médiateur dans les zones de conflits. La Société des Nations, devenue par la suite l'Organisation des Nations Unies, a voulu clairement substituer l’Église dans son rôle de médiation pour la paix, à l'issue de la Première Guerre mondiale.
            En cet anniversaire du commencement de la Grande Guerre, qui marqua clairement la fin d'un monde et le commencement d'un autre, en entraînant notamment la disparition des empires chrétiens d'Europe, il nous faut nous pencher sur le rôle du magistère de l’Église durant ces années sanglantes.
            Deux papes vont intervenir à cette époque : saint Pie X (1903-1914), qui mourut fin août 1914, au tout début de la guerre ; et Benoît XV (1914-1922) qui mérite assurément le titre de "pape de la paix"[1]. De nombreuses études ont été publiées sur le rôle de la diplomatie du Saint-Siège pendant la Première Guerre mondiale. Nous n'allons pas revenir sur les excellentes analyses, comme celle de Nathalie Renoton-Beine, La colombe et les tranchées, qui relate les tentatives de paix de Benoît XV. Toujours est-il qu'il faut noter que les interventions nombreuses et infatigables des Papes et de leurs nonces à cette époque ont permis, d'une certaine manière, de "redorer le blason du Saint-Siège", bien affaibli sur le plan international après la perte des États pontificaux.
            Distinguons dès ici deux expressions que nous pourrons utiliser : l’Église et le Saint-Siège. Même s'il s'agit au fond de la même chose - loin de nous tout esprit de division ou de dichotomie - il nous faut quand même faire une distinction sur le plan historique. Lorsque nous parlerons de l’Église, il s'agira surtout de la dimension magistérielle, des interventions des Papes adressées aux catholiques, et d'ordre essentiellement spirituel. Lorsque nous parlerons du Saint-Siège, il s'agira de la diplomatie, des relations avec les États, des déclarations d'ordre temporel - quand bien même le pouvoir temporel de l’Église soit depuis de nombreuses décennies réduit à sa plus simple expression, à savoir le futur État de la Cité du Vatican. Au fond, toutes les interventions pontificales reviennent à la même chose bien sûr - pas de schizophrénie ! - mais il sera intéressant de les comparer entre elles afin de montrer le but unique des Souverains Pontifes, et donc de la mens Ecclesiæ, puisqu'il s'agit d'une seule et même chose : un pape n'intervient pas selon son ambition ou sa préférence, mais selon le bien commun de l’Église et de la société toute entière. Cette neutralité pour la paix sera bien entendu critiquée, surtout au sein de la vieille garde anticléricale de la IIIe République, en France, qui verra dans "l'interventionnisme" pontifical une prise de position en faveur des Empires centraux. Quand on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage. Tous les moyens sont bons pour attaquer l’Église, et cela ne date pas d'hier.
Saint Pie X, le sacrifice pour la paix
            Le pontificat de Pie X (1903-1914) fut marqué par la division de l'Europe en deux camps, la course aux armements et les plans d'attaque, en prévision d'un affrontement qui se concrétiserait tôt ou tard. Il s'agit presque d'une vision prophétique qui convainquit le pape Sarto, dès 1906, des dangers qui allaient frapper l'Europe encore chrétienne et la plonger dans un combat fratricide. Le Pasteur du troupeau catholique ne pouvait accepter que ses fils se déchirent entre eux dans un tel conflit.
            Dès l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, le 28 juin 1914, par un anarchiste qui tenait entre ses mains le révolver de l'austrophobie serbe, Pie X comprit que l'Europe allait s'enliser dans une guerre longue et violente, ce qui n'était pas l'opinion des groupes d'alliances : "A la différence des chefs d’État et de nombreuses populations où les sentiments nationalistes étaient exacerbés, le pape a eu le pressentiment que la guerre qui commençait serait une guerre terrible, tandis que la plupart des pays qui sont partis en guerre, sont partis en guerre avait la certitude de la victoire, avec la certitude que ce serait une guerre de mouvement, avec la certitude que ce serait une guerre brève."[2] La suite des évènements avaient montré que les grands tacticiens de la guerre et les pontes de la politique européenne s'étaient cruellement trompés, alors que le Pape, cet homme en blanc, fils d'un pauvre facteur de Vénétie, vrai stratège de la paix, avait eu raison.
            Les moyens de communication sociale n'étaient pas encore assez développés pour que le pape puisse se faire entendre rapidement aux quatre coins du monde. La diplomatie pontificale à l'étranger était aussi affaiblie depuis plusieurs décennies. C'est avant tout avec une vision surnaturelle que le pape a affronté la guerre imminente puis commencée. Comment cela ? En s'offrant en sacrifice lui-même pour la paix. Des témoins rapportent ces paroles prononcées quelques semaines avant sa mort : "Seigneur, prenez ma misérable vie, mais arrêtez le massacre de tous mes enfants". Il savait que seul Dieu pouvait mettre fin à ce conflit, à condition que les hommes acceptent de déposer les armes du combat pour prendre celles du dialogue. Malheureusement, l'exacerbation des nationalismes, leitmotiv si répandu depuis les révolutions de 1848, a entraîné la surdité des hommes au profit des ambitions politiques des uns et des autres. Et finalement, comme on pouvait l'imaginer,  la guerre a fait du pape une de ses premières victimes, puisqu'il s'est éteint le 20 août, vingt-et-un jours après la déclaration de guerre de l'Autriche à la Serbie. On peut dire vraiment que le choc de la guerre a précipité sa mort.



            Si le pape savait qu'une intervention auprès de la France serait vaine, étant donné le contexte difficile suscité par la loi de séparation de l’Église et de l’État votée par les anticléricaux en 1905, il s'est tourné vers l'empereur d'Autriche, François-Joseph Ier, ce vieillard qui régnait sur la double-monarchie depuis soixante-six années. Malgré sa ferveur catholique et son immense respect filial vis-à-vis du Pontife romain, le patriarche des Habsbourg préférait renouer avec l'art de la guerre plutôt que de se lancer dans des pourparlers que son cousin l'empereur d'Allemagne Guillaume II, fervent luthérien au bellicisme maladif, n'aurait pas vu d'un œil favorable.
            Le 2 août, Pie X publia une vibrante exhortation en latin, destinée aux catholiques du monde entier, dont voici le texte dans son intégralité :

 Alors que très prochainement l'Europe est traînée dans la tempête d'une guerre extrêmement horrible, dont personne ne peut prévoir les dangers, les massacres et les conséquences sans se sentir opprimé par la peine et l'horreur, Nous ne pouvons pas aussi ne pas être concernés ni sentir Notre âme déchirée par la douleur la plus intense qui soit, concernant la sécurité et la vie de tant d'individus et de peuples, pour le bien-être desquels Nous sommes suprêmement préoccupés.
     Parmi ces bouleversements et ces dangers, Nous estimons et Nous réalisons absolument que Notre charité paternelle et Notre ministère apostolique Nous demandent de diriger les esprits de tous les fidèles chrétiens vers Celui de Qui seul le secours peut venir, vers le Christ, Nous disons, le Prince de la Paix et le tout-puissant Médiateur entre Dieu et les hommes.
     Ainsi donc, Nous exhortons les Catholiques du monde entier à se tourner vers Son trône de grâce et de miséricorde, avant tout le clergé ; que sous l'autorité de leurs Évêques ils instituent des supplications publiques particulières dans leurs paroisses respectives pour que Dieu, touché par la piété de ces prières, puisse retirer dès que possible le fléau désastreux de la guerre et inspirer ceux qui président au bien commun à penser des pensées de paix et non d'affliction.
     Du Vatican, le 2 août 1914
                                                                            PIUS PP. X[3]

            Le Pape s'adresse ici comme pasteur de toute l’Église, en exhortant ses enfants à la prière. Il invite les pasteurs de l’Église, prêtres et évêques, à instituer des "supplications publiques". Il suffit de lire l'histoire de l’Église pour se rendre compte que de nombreux papes, à des époques tragiques de l'histoire humaine, ont appelé tous les fidèles baptisés à se tourner vers le Ciel d'où seulement pouvait provenir le secours tant attendu. L'appel de saint Pie V (1566-1572) à la veille de la victoire de Lépante sur les Turcs, le 7 octobre 1571, est la plus célèbre de ces interventions. Pie X est conscient qu'il est avant tout un chef spirituel. Et loin de tout pélagianisme, il sait que seul Dieu peut sauver la paix. De plus, ses forces déclinant, et sentant sa fin prochaine, le pape confiait par avance à son encore anonyme successeur les armes de la diplomatie.
            Certains reprocheront à saint Pie X de ne pas avoir saisi d'emblée les voies diplomatiques, mais de s'être "replié" sur le plan surnaturel, comme s'il manquait de réalisme ou de conviction, voire comme s'il voulait apporter un soutien implicite aux Empires centraux. Il s'agit bien évidemment d'un jugement téméraire.
            En tout cas, lorsque le conclave devant désigner son successeur au Trône de Pierre fut réuni, la traditionnelle Oratio de eligendo Summo Pontifice, allocution devant le Sacré-Collège qui, d'une certaine manière, trace les lignes idéales du futur pontificat en fonction de la conjoncture ecclésiale et internationale, insista sur la gravité de cette guerre qui venait de commencer et la nécessité pour le Saint-Siège d'intervenir pour tenter d'y mettre fin.
Benoît XV, la colombe face aux vautours
            Le 3 septembre, fut élu, au dixième tour de scrutins, l'archevêque de Bologne, le cardinal Jacques della Chiesa, âgé de cinquante-neuf ans. Le jeune prélat était bien conscient de ce qu'il devrait affronter en acceptant son élection sous les fresques de Michel-Ange. Il disposait toutefois d'un double atout qui faisait certainement défaut à son prédécesseur dans de telles circonstances : la jeunesse et une expérience diplomatique reconnue. En effet, ancien étudiant de l'Académie des nobles ecclésiastiques - chargée de former les futurs diplomates de l’Église - le nouveau Pontife avait été remarqué par le cardinal Rampolla, le francophile secrétaire d’État de Léon XIII. Dès 1882, il fut initié aux arcanes de la diplomatie vaticane, chargé notamment de certaines négociations avec l'Espagne et l'Allemagne. En 1901, il fut nommé substitut de la Secrétairerie d’État, avant de devenir archevêque de Bologne, en 1907 - il fut consacré évêque par le pape lui-même. Créé cardinal au consistoire de mai 1914, il était donc l'un des benjamins du Sacré-Collège lorsqu'il fut élu au Pontificat suprême.
            A peine élu, le nouveau Pontife publia, le 8 septembre, une exhortation latine dans laquelle la guerre occupait une place centrale[4]. Nous donnons ici les principaux extraits :

"(...) l'horrible spectacle de cette guerre Nous a rempli l'âme d'horreur et d'amertume, en constatant qu'une grande partie de l'Europe, dévastée par le fer et le feu, serait rougie par le sang des chrétiens. Ayant reçu du Bon Pasteur, Jésus-Christ, le gouvernement de l’Église, Nous avons le devoir d'embrasser tous - si nombreux - ses agneaux et ses brebis avec une charité viscérale et paternelle. Et parce que, à l'exemple même du Seigneur, Nous devons être - et Nous le sommes - prêts à donner la vie pour leur salut, Nous avons fermement décidé, selon ce qui est en Notre pouvoir, de ne rien omettre pour hâter la fin de cette calamité.
     En attendant (...) Nous ne pouvons pas ne pas rappeler les derniers mots que Notre Prédécesseur Pie X - très saint et digne d'immortelle mémoire - déjà sur le point de mourir, avait exprimés lors de l'éclatement même de cette guerre, animé d'une sollicitude apostolique et d'amour pour le genre humain. De la même façon, Nous mêmes, les mains et les yeux levés vers le ciel, nous supplierons Dieu, comme le faisait avec tant d'ardeur Notre Prédécesseur, en exhortant et en conjurant tous les fils de l’Église, spécialement ceux qui sont les ministres du Seigneur, afin qu'ils poursuivent, insistent et s'efforcent, soit en privé dans leur humble prière, soit publiquement par de fréquentes supplications, d'implorer Dieu, arbitre et dominateur de toutes choses, pour que, se souvenant de sa miséricorde, il éloigne ce fouet de la colère par lequel il fait justice des péchés des peuples. (...)
     En outre, Nous prions et conjurons vivement ceux qui président aux destinées des peuples à déposer toutes leurs dissensions, dans l'intérêt de la société humaine. Puissent-ils considérer qu'il y a déjà trop de misères et de deuils qui accompagnent la vie mortelle, au point qu'il ne faut pas la rendre encore plus misérable et endeuillée ; les ruines qui ont déjà été produites suffisent, comme le sang humain qui a déjà été répandu ; qu'ils se hâtent donc à prendre les décisions de paix et à se tendre la main réciproquement. Ils obtiendront d'importantes récompenses de Dieu, pour eux-mêmes et pour leurs nations ; ils se rendront hautement méritoires pour le bien commun civil des hommes ; et envers Nous, qui voyons cette si grave perturbation des choses entraver grandement le commencement de Notre ministère apostolique, ils feront la chose la plus agréable et désirée. (...)"

            Benoît XV affirme se placer clairement dans la ligne de son prédécesseur. Mais à cette invitation urgente à la prière, adressée aux catholiques dans cette première intervention publique de leur Pasteur, le pape ajoute une exhortation aux chefs d’État à cesser les combats et à "se tendre la main réciproquement". Et le nouveau Pontife d'affirmer d'emblée qu'il ne se contentera pas de ce premier message à la société humaine toute entière : "Nous avons fermement décidé, selon ce qui est en Notre pouvoir, de ne rien omettre pour hâter la fin de cette calamité". Cette phrase donne le ton de sa "ligne gouvernementale" si l'on peut dire. Il est conscient que le premier rôle du pape, en ces heures tragiques de l'histoire, est de hâter la paix, en intervenant directement auprès des responsables.
            L'encyclique Ad beatissimi Apostolorum, publiée le 1er novembre suivant, développera plus profondément, comme Benoît XV l'avait annoncé début septembre, le sujet de la guerre :

Comment, en effet, étant devenu le Père commun de tous les hommes, n'aurions-Nous pas eu le cœur violemment déchiré au spectacle que présente l'Europe et même le monde entier, spectacle assurément le plus affreux et le plus désolant qui se soit jamais vu de mémoire d'homme ? (...) Des nations - les plus puissantes et les plus considérables - sont aux prises: faut-il s'étonner si, munis d'engins épouvantables, dus aux derniers progrès de l'art militaire, elles visent pour ainsi dire à s'entre-détruire avec des raffinements de barbarie ? Plus de limites aux ruines et au carnage: chaque jour la terre, inondée par de nouveaux ruisseaux de sang, se couvre de morts et de blessés.

            Le pape constate en effet avec angoisse les "progrès" technique de l'art de la guerre, d'une efficacité redoutablement meurtrière. Cette constatation lui fait prévoir qu'il s'agira là du pire conflit que l'histoire ait connu jusqu'alors.

Et tandis que des armées immenses se battent avec acharnement, la souffrance et la douleur, tristes compagnes de la guerre, s'abattent sur les États, sur les familles et sur les individus: chaque jour voit s'augmenter outre mesure le nombre des veuves et des orphelins; le commerce languit, faute de communications; les champs sont abandonnés, l'industrie est réduite au silence; les riches sont dans la gêne, les pauvres dans la misère, tous dans le deuil.

            Benoît XV d'insister aussi sur les dégâts collatéraux de la guerre, en particulier sur les familles et sur l'économie. La société toute entière subit les bouleversements du conflit, et pas seulement les forces en présence situées dans les zones de combats. Cette insistance sur la donnée économique est sensée faire réfléchir les politiques, si préoccupés par la prospérité de leurs États en cette Belle époque finissante qui correspond aussi encore au grand développement de la Révolution industrielle du siècle passé.

Nous avons donc adressé d'instantes prières aux Princes et aux gouvernants, afin que, considérant combien de larmes et de sang la guerre a déjà fait répandre, ils se hâtent de rendre à leurs peuples les précieux avantages de la paix. (...) Puissions-Nous être entendu par ceux qui ont en mains les destinées des peuples ! Il y a, sans nul doute, d'autres voies, d'autres moyens, qui permettraient de réparer les droits, s'il y en a eu de lésés. Qu'ils y recourent, en suspendant leurs hostilités, animés de droiture et de bonne volonté. C'est Notre amour pour eux et pour toutes les nations, qui Nous fait parler ainsi, nullement Notre propre intérêt. Qu'ils ne laissent pas tomber dans le vide cette prière d'un Père et d'un ami.

            Conscient encore une fois de l'autorité morale sur les gouvernants qui est intrinsèquement attachée au Souverain Pontificat - matérialisée par la troisième couronne de la tiare pontificale ajoutée certainement sous le pontificat de Benoît XII, au XIVe siècle[5] - le nouveau pape s'adresse directement aux chefs d’État en les rappelant à leur obligation de maintenir leurs peuples dans la paix. Et de rappeler qu'à cette fin, il n'agit pas en vue de son propre intérêt, mais comme "père et ami", pour le bien de tous.

Nous appelons de tous nos vœux, en faveur de la société humaine et en faveur de l’Église, la fin de cette guerre si désastreuse; en faveur de la société humaine, afin qu'une fois la paix rétablie, elle progresse vraiment dans toute culture civile et humaine; en faveur l’Église de Jésus-Christ, pour que, libre enfin de toute entrave, elle aille sur tous les rivages et en toutes les parties du monde apporter aux hommes le secours et le salut.

            Benoît XV conclut cette partie de l'encyclique, en rappelant tous les avantages de la paix, tant pour la société civile que pour la société religieuse. Dans la suite du document - que nous ne commenterons pas ici - le pontife cherchera à établir les causes de ces déséquilibres qui ont fragilisé l'Occident chrétien. Il pointe du doigt, à la suite de ses prédécesseurs, sur le libéralisme, fondé dans les idées de la Révolution française, et notamment sur les attaques dont l’Église a été victime de la part des tenants de cette idéologie. D'où une attention particulière sur un des points névralgiques - qui pourrait être considéré comme une revendication légitime à part entière, au même titre que les revendications territoriales des uns et des autres participants au conflit - à savoir la question romaine. Depuis 1870, le pape est en effet "prisonnier" du Vatican, suite à la prise de Rome par les armées piémontaises dans le cadre du Risorgimento. La liberté de l’Église, à travers celle de son chef, s'en est retrouvée profondément affectée.
Le problème de la neutralité
            Tout au long des années du conflit mondial, Benoît XV interviendra, à travers ses déclarations officielles, ou par le biais de ses représentants dans les différents pays concernés par la guerre. Toutefois, ces interventions et tentatives de tractation seront toujours faites dans un esprit de véritable neutralité : le Saint-Siège ne prend position en faveur d'aucune partie belligérante.
            En tant de "vicaire de Celui qui, en naissant, s'est fait l'annonciateur de la paix (foriero della pace) aux peuples humains"[6], le pape désire la paix totale, non pas une paix factice qui verrait triompher les avantages des plus forts au détriment de ceux des plus faibles, qui légitimerait en quelque sorte les revendications des vainqueurs au détriment de celles - peut-être non moins légitimes - des vaincus. C'est pour cela que Benoît XV et sa diplomatie resteront dans la neutralité la plus totale, ce qui ne sera évidemment pas du goût des États en guerre. 
             Dans une intervention en présence des Cardinaux[7], le pape rappelle qu'il ne peut pas faire plus que d'appeler chacun à la paix, parce que "faire aujourd'hui plus que cela ne Nous est pas permis, en vertu de la charge apostolique". Le pape doit s'impliquer de manière "lointaine", sans pénétrer dans les arcanes de la politique des États, en vertu de l'équilibre des pouvoirs : "impliquer l'autorité pontificale dans les querelles mêmes des belligérants ne serait en vérité ni convenable ni utile". Et de rappeler que le Siège apostolique "doit se maintenir parfaitement impartial", ce qui est sensé être (théoriquement) reconnu par ce qu'on pourrait appeler anachroniquement la "communauté internationale". En effet, le Pontife romain étant le père de tous les hommes, il "doit embrasser dans un même sentiment de charité tous les combattants", sachant d'autant plus qu'il y a des soldats catholiques dans l'un et l'autre camp. La neutralité est donc légitimée en vertu de son autorité morale comme en vertu de son autorité spirituelle : elle dépasse la seule "sphère" catholique. Si cette neutralité était rompue, il va de soi que l’Église en serait la première victime : "cela créerait des aversions et des haines envers la religion et exposerait à de graves troubles la tranquillité même et la concorde interne de l’Église".
            Si le pape ne prend position en faveur d'aucun camp, il doit cependant condamner les exactions perpétrées. Ainsi, dans ce même discours aux cardinaux, il manifeste son opposition à l'agression de la Belgique, pourtant neutre dans le conflit, et rappelle qu'il a écrit une lettre de soutien au cardinal Mercier, archevêque de Malines, le grand défenseur de la paix dans le royaume[8]. Le 28 juillet 1915, Benoît XV lancera aux responsables politiques un véritable cri de paix :

Au nom du Dieu très saint, au nom de notre Père céleste et Seigneur, par le Sang précieux de Jésus, qui a racheté l’humanité, Nous vous conjurons, ô Vous que la divine Providence a préposés au gouvernement des nations belligérantes, de mettre finalement un terme à cette horrible boucherie qui, depuis une année, déshonore l’Europe[9].

            Malheureusement, cette neutralité restera incomprise dans l'un ou l'autre camp. Du côté de l'Entente, Benoît XV sera accusé de germanophilie. On osera même dire qu'il n'a pas condamné expressément l'invasion de la Belgique suite au plan Schlieffen. L'anticlérical Georges Clémenceau, président du Conseil, le traitera même de "pape boche". Ces accusations sont absolument fausses bien évidemment[10]. D'une part, Benoît XV n'a jamais apporté un soutien explicite à la Prusse, cela va de soi ; d'autre part, il a apporté son soutien aux populations des pays alliés et des pays neutres victimes des bombardements et de l'occupation allemande. Il suffit de lire la lettre envoyée au cardinal Luçon, archevêque de Reims[11], pour montrer le soutien qu'il désirait apporter aux populations victimes des opérations militaires. Il écrira même au cardinal Hartmann, archevêque de Cologne, pour constater avec soulagement que l'empereur Guillaume II, ait accepté que le sort des prêtres français et belges, prisonniers de guerre, soit adouci par les autorités allemandes[12]. Pendant ce temps, Charles Maurras défendra l'action bénéfique du pape au service de la paix, en réclamant la restauration des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, qui avaient été rompues depuis 1904.
            Du côté des puissances centrales, l'incompréhension sera aussi manifeste - sans être d'ordre idéologique comme en France. Ainsi, le général Erich Ludendorff, chef de l'état major allemand, verra en Benoît XV le "pape français". Les chancelleries allemande et autrichienne ne comprendront pas pourquoi le pape ne prendra pas position en leur faveur, étant donné que ces pays était favorables au catholicisme, alors que la France était gouvernée depuis bien longtemps par les anticléricaux, et que l'Angleterre asservissait les populations catholiques d'Irlande[13]. Il s'agit là d'un faux argument. En effet, il ne s'agit pas là d'une guerre ayant pour motif une question religieuse - comme on le verra plus tard au Mexique en particulier, lors des soulèvements des Cristeros.
            Un épisode fut particulièrement clair dans la manifestation de cette neutralité du Saint-Siège. Ce fut lors de la mort de l'empereur François-Joseph d'Autriche, le 21 novembre 1916. A la mort d'un souverain catholique, la tradition veut que le Pape célèbre solennellement une chapelle papale pour le repos de son âme. Grave dilemme en effet : si le défunt empereur méritait, comme tout fidèle catholique, de recevoir les honneurs de l’Église, une telle célébration resterait incomprise de la part des membres de l'Entente - quand bien même le seul motif religieux serait avancé. Pour trancher le débat, Benoît XV décida de suspendre les cérémonies pour tout souverain à la Sixtine durant le temps de la guerre[14]. Une cérémonie plus intime fut cependant célébrée dans une autre chapelle du Vatican. Une sage décision.
            Tout cela n'empêcha pas le pape de continuer à œuvrer en faveur de pourparlers de paix entre les parties belligérantes. Mais ces tentatives échoueront faute d'interlocuteurs persuadés de la nécessité d'une paix imminente. Malgré tout, les initiatives caritatives du Saint-Siège connaîtront un grand succès. Par l'intermédiaire de ses nonces, en particulier Mgr Pacelli, nonce en Bavière - futur pape Pie XII - les prisonniers de guerre et les populations civiles reçurent de grandes consolations, qui furent accueillies positivement par les deux camps. Grâce aux négociations pontificales, 30.000 prisonniers blessés pourront gagner la Suisse pour y recevoir des soins.
Le tournant de 1917 et les calomnies
            Si l'année 1917 marque un tournant dans l'évolution du conflit, notamment avec l'entrée en guerre des États-Unis aux côtés de l'Entente (6 avril 1917), elle marque aussi un tournant dans l'activité diplomatique internationale en faveur de la paix.
            Benoît XV, loin d'être lassé par le silence méfiant des deux camps, lança de nouveau un grand appel, le 1er août 1917, adressé directement aux "chefs des peuples belligérants". Il y rappelle tout d'abord la neutralité du Saint-Siège, l'activité caritative en faveur de tous "sans acception de personnes, sans distinction de nationalité ou de religion"[15], et l'action incessante de la Papauté en faveur de la paix. Après trois années de sanglants combats, le pape réaffirme avec vigueur que la question de la paix est plus que vitale : "Le monde civilisé devra-t-il donc n’être plus qu’un champ de mort? Et l’Europe, si glorieuse et si florissante, va-t-elle donc, comme entraînée par une folie universelle, courir à l’abîme et prêter la main à son propre suicide ?"
            Face aux accusations dont il était conscient d'être l'objet, il rappelle l'absolue neutralité de son action, en vertu de sa charge apostolique : "Nous qui n’avons aucune visée politique particulière, qui n’écoutons les suggestions ou les intérêts d’aucune des parties belligérantes, mais uniquement poussé par le sentiment de Notre devoir suprême de Père commun des fidèles". Il explique toutefois qu'il souhaite donner un nouvel élan à son action en faveur de la paix : "Mais pour ne plus Nous renfermer dans des termes généraux, comme les circonstances Nous l’avaient conseillé par le passé, Nous voulons maintenant descendre à des propositions plus concrètes et pratiques".
            Et le pape de proposer aux responsables politiques une série de points qui servirait de trame à un futur traité de paix. En cela le pape anticipe le président américain Wilson et ses célèbres "quatorze points", énoncés lors d'un discours au Congrès américain de janvier 1918. Benoît XV préconisait tout d'abord l'institution d'un droit international, par l'instauration de règles pour la régulation des armements, et la mise en place d'un arbitrage international pour gérer les éventuels conflits. En cela, il faut dire le pape a posé les jalons de la Société des Nations. Ensuite, sur le plan économique, la liberté de communication devait être préconisée et défendue face à toute forme de blocus, qui asphyxierait les économies des États et le bien-être des peuples. Quant à la question des "réparations", qui sera si grave de conséquences pour les vaincus de 1918 et pour l'équilibre futur de l'Europe, le Souverain Pontife invite les parties à "une remise entière et réciproque", sauf pour des cas particuliers à peser "avec justice et équité".  En ce qui concerne les questions territoriales, outre l'évacuation des territoires occupés, le pape invite chaque État à tenir compte "des aspirations des peuples", en vue du bien commun, et non pour satisfaire à n'importe quelle revendication des mouvements nationalistes. Il considère en particulier ici la question brûlante des Balkans, de la Pologne et de l'Arménie.
            En lançant ce "programme", Benoît XV voulait hâter la fin de ce qui apparaissait "de plus en plus comme un massacre inutile".
            Malheureusement, comme on pouvait s'y attendre, la réaction des deux camps fut négative. Du côté de l'Entente, la propagande favorable à la guerre, véhiculée par la plupart des journaux, accuse le pape de saper le moral des troupes, preuve nouvelle de sa prétendue germanophilie. Clémenceau parlera de la paix bénédictine comme d'une "paix allemande". Même au sein du clergé français, des voix nationalistes s'élèveront contre les propositions pontificales - ce fut le cas du R. P. Sertillanges, lors d'une prédication à Notre-Dame de Paris, en décembre 1917. Du côté des puissances centrales, la Prusse refusera de céder sur la question belge. L'échec de ce projet pontifical sera source d'une grande affliction pour le pape de la paix, ce dont il témoignera dans son discours au Sacré-Collège de Noël 1917 : "Nous avons été affligés d'une manière particulière, non pour une satisfaction manquée de l'âme, mais pour la tranquillité retardée des nations, d'avoir vu tomber dans le vide l'invitation que Nous avons faite aux Chefs des peuples belligérants"[16]. Et d'ajouter, avec un regard surnaturel sur sa fonction : "Quand donc Nous étions regardés, soit comme indignes d'être écoutés, soit comme n'étant pas épargné de suspicion et de calomnie, Nous n'avons pas pu ne pas reconnaître en Nous le signum cui contradicetur", le signe de contradiction à l'image du Christ Lui-même au milieu des hommes de son temps. Le pape savait bien en effet, de par les remontées de ses représentants, ce que disaient de lui les politiques et les médias dans certains pays. En Italie aussi les calomnies circuleront contre lui, ce qui poussa le pape à écrire une lettre de protestation au cardinal Ferrari, archevêque de Milan[17]. Benoît XV s'afflige de ce qu'il entend : "Par les campagnes et par les villages, où règne une grande tristesse et donc plus digne de considération et de respect, on dit que Nous avons voulu la guerre ; dans les villes cependant se répand la voix que Nous voulons la paix, mais une paix injuste, avantageuse seulement pour un des groupes belligérants". Non contents d'accuser le pape d'être un partisan des puissances centrales, certains oseront donc même l'accuser au fond d'être le premier responsable de la guerre...
            Quoiqu'il en soit, l'échec de cette tentative pourtant plus que sérieuse et réaliste en faveur de la paix, et la campagne hostile dont il fut victime, n'empêchèrent pas Benoît XV de continuer ses appels à la paix et son œuvre de bienfaisance auprès des soldats et des civils.  
Benoît XV, prophète de l'après-guerre ?
            Les armistices de 1918 seront la source d'un grand soulagement pour Benoît XV. Dans son allocution de Noël 1918 au Sacré-Collège, il disait : "Aujourd'hui Notre paternité Nous fait intimement exulter des biens que nous espérons de la paix retrouvée". Évidemment, les armistices de 1918 et les traités de paix de 1919-1920 ne tiendront pas compte des propositions pontificales d'août 1917. A la demande de l'Italie - sans doute soucieuse d'éviter que la question romaine soit mise sur la table des négociations - le Saint-Siège fut mis à l'écart des négociations.
            Sans revenir sur les résolutions établies par les vainqueurs, il nous faut mentionner un texte important, qui montre la vision pessimiste de Benoît XV sur celles-ci. Il s'agit de l'encyclique Pacem, Dei munus pulcherrimum, publiée en 1920[18]. En citant pour commencer saint Augustin, le pape salue évidemment la paix retrouvée, qu'il appelait à cor et à cri depuis son élection au Trône de Pierre : "la paix, qui durant plus de quatre années a été implorée par  les vœux des bons, par les prières des fidèles et par les larmes des mères, a finalement commencé à resplendir sur les peuples, et Nous nous en réjouissons parmi les premiers".
            Mais tout de suite après, le pape manifeste son inquiétude par rapport aux traités qui venaient d'être signés : "Si presque partout on a mis, en quelque façon, un terme à la guerre, si l'on a signé des traités de paix, on n'a pas extirpé les germes des anciennes discordes; et vous ne doutez pas, Vénérables Frères, que toute paix est instable, tous les traités sont inefficaces, en dépit des longues et laborieuses négociations de leurs auteurs et du caractère sacré des signatures échangées, tant qu'une réconciliation inspirée par la charité mutuelle n'apaise point les haines et les inimitiés." En effet, Benoît XV s'inquiète à juste titre du traitement infligé aux vaincus, sans en faire une mention explicite dans son encyclique. Selon l'enseignement de l’Église, une paix signée doit sceller avant tout la réconciliation entre les peuples, elle doit augurer un avenir meilleur et l'oubli des querelles et des rancunes d'hier. Le pape en est conscient et ose affirmer implicitement ici que les accords de 1919-1920 ne semblent pas aller en ce sens.
            Il ajoute : "Il est superflu de démontrer longuement que la société humaine subirait les plus graves dommages si la signature de la paix laissait subsister de sourdes haines et des rapports hostiles entre les nations." Les haines furent sourdes en effet, et le poids des "réparations" ajouté à une humiliation exagérée, suscitera dans l'esprit du peuple allemand un sentiment logique de vengeance face à ce qu'ils qualifieront de Diktat des puissances alliées. Et nous savons a posteriori jusqu'où cela mènera, ce que ne pouvaient prévoir les signataires de Versailles : une Allemagne ruinée et menacée mettant sa confiance en un illustre inconnu érigé par l'opinion en deus ex machina, et qui conduira le pays d'une prospérité retrouvée à un nouveau désastre universel. Et quel désastre ! Ainsi, Benoît XV fut d'une certaine manière prophète de ces dangers futurs, qui devaient résulter en toute logique des rancunes et des blessures non refermées du passé. Or une paix, pour être authentique, doit panser les blessures, quelles qu'elles soient, pour faire recouvrer la santé. Cela passe par le pardon mutuel, comme l'enseigne cette demande de la prière dominicale, rappelée par le pape : "Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés".
            Ainsi, pour Benoît XV, malgré les erreurs tactiques des belligérants, si l'on veut retrouver une véritable paix, cette paix doit partir de la base. Et le pape d'inviter les évêques et les prêtres à "à exhorter tous les fidèles (...) à l'abandon des haines et au pardon mutuel des injustices", mais aussi à multiplier les actions charitables envers ces autres victimes de la guerre que sont les blessés, les veuves et les orphelins. Le pape aussi, en reconnaissant l'existence de la Société des Nations, rappelle que l’Église accepte de participer à une collaboration étroite en vue de la paix dans les situations futures : "Aux nations unies dans une ligue fondée sur la loi chrétienne l’Église sera fidèle à prêter son concours actif et empressé pour toutes leurs entreprises inspirées par la justice et la charité." Malheureusement, nous le savons, et nous le voyons en particulier aujourd'hui, cette collaboration sera souvent méprisée par la communauté internationale.
            En outre, Benoît XV avait des raisons de s'inquiéter, en constatant les troubles qui éclatèrent dans différents pays, et dont l’Église catholique fut particulièrement menacée. Il s'agit surtout de ces mouvements sociaux de tendance marxiste, sorte d'importation de la Révolution bolchévique en Europe, qui frappèrent l'Allemagne en particulier[19] ; mais aussi des tentatives de sécularisation des biens ecclésiastiques dans l'ancien Empire austro-hongrois. Le pape s'en plaignit notamment auprès de l'archevêque d'Esztergom, primat de Hongrie[20], le félicitant pour son courage et sa fermeté face aux "gouvernants insensés (qui) se proposaient de détruire ensemble le vieil ordre social et la foi ancestrale" des Hongrois.
*
            Cette brève analyse de l'implication des papes et du Saint-Siège pendant la Première guerre mondiale nous rappelle le rôle éminent joué par l’Église au service de la paix dans le monde. Depuis cette époque troublée, par la voix de ses pasteurs, elle ne cesse de proclamer le don suprême de la paix à la face des peuples qui se déchirent entre eux. L'action de saint Pie X et de Benoît XV annonce celle de leurs successeurs sur le Trône de Pierre. Elle annonce l'importance croissante prise par le Saint-Siège dans la résolution des conflits et au service de la paix entre les peuples. En ce début du XXIe siècle, la situation n'a pas changé, et si le fracas des armes se répand sinistrement un peu partout sur la terre, la Papauté n'oublie pas le rôle capital qu'elle a à jouer au service du bien commun de l'humanité, qui ne peut se réaliser que dans la paix, "ce magnifique don de Dieu qui, dit saint Augustin, « est, parmi les biens passagers de la terre, le plus doux dont on puisse parler, le plus désirable qu'on puisse convoiter, le meilleur qu'on puisse trouver »"[21].


[1] Il est à remarquer d'ailleurs que leurs deux successeurs immédiats interviendront presque "symétriquement" dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale : Pie XI (1922-1939), mort peu avant la déclaration de guerre ; et le Vénérable Pie XII (1939-1958) dont la figure a été et demeure honteusement salie par les tenants d'une certaine historiographie anticléricale...
[2] P. Bernard Adura, Président du Comité pontifical des sciences historiques, entretien sur Radio Vatican (27.VI.2014)
[3] S. Pie X, Exhortation Dum Europa (2.VIII.1914), publiée dans L'Osservatore romano, 3.VIII.1914.
[4] Benoît XV, Exhortation Ubi primum (8.IX.1914), publiée dans L'Osservatore romano, 9.IX.1914.
[5] Il s'agit en tout cas d'une des interprétations qui sont données à la triple couronne.
[6] Benoît XV, Discours à l'occasion de la première rencontre avec le Collège cardinalice (24.XII.1914)
[7] Benoît XV, Allocution consistoriale Convocare vos au Collège cardinalice (22.I.1915)
[8] Lettre au cardinal Mercier, archevêque de Malines, sur les effets provoqués par la guerre au peuple belge (8.XII.1914)
[9] Benoît XV, Exhortation apostolique Allorchè fummo chiamati aux peuples belligérants et à leurs chefs (28.VII.1915)
[10] Quoiqu'en pense une historienne de tendance anticléricale, Annie Lacroix-Riz, bien connue pour ses articles hostiles à l'Eglise, concernant les pontificats de Benoît XV et de Pie XII en particulier.
[11] Lettre au cardinal Luçon, archevêque de Reims, en signe de participation à la douleur de la population de Reims occupée par les troupes allemandes (16.X.1914)
[12] Lettre au cardinal Hartmann, archevêque de Cologne (18.X.1914)
[13] Schönburg, ambassadeur d'Autriche auprès du Saint-Siège, écrira au baron Burian, ministre des Affaires étrangères de l'Empire austro-hongrois (1.V.1916) : "le catholicisme chez les puissances centrales est plus en sûreté que chez les orthodoxes, anglicans, athées, et surtout [...] chez les francs-maçons de la partie adverse".
[14] Renoton-Beine (Nathalie), La colombe et les tranchées, éd. Cerf, p. 64.
[15] Benoît XV, Exhortation apostolique Dès le début aux chefs des peuples belligérants (1.VIII.1917).
[16] Benoît XV, Discours au Sacré-Collège des Cardinaux lors de la Vigile de Noël (24.XII.1917)
[17] Lettre Maximas inter au cardinal Ferrari, archevêque de Milan, et aux autres évêques de la région lombarde (22.V.1918)
[18] Benoît XV, Lettre encyclique Pacem, Dei munus pulcherrimum sur la paix et la réconciliation des chrétiens (23.V.1920)
[19] Et dont le nonce à Berlin, Mgr Pacelli, fut directement menacé, lors de l'attaque de la nonciature par un groupuscule spartakiste, le 21 avril 1918. Cf. Lehnert (Mère Pascalina), Pie XII, mon privilège fut de le servir, éd. Téqui, 1985.
[20] Benoît XV, Lettres Multiplices quidem (12.III.1919) et Quoad Hungaria (11.IX.1919) au cardinal Czernoch, archevêque d'Esztergom.
[21] Lettre encyclique Pacem, Dei munus pulcherrimum