vendredi 16 octobre 2015

Réforme, vous avez dit réforme ? (1)

    L'actualité de l’Église et sa médiatisation exacerbée ont créé un malaise véritable et durable dans l'esprit de beaucoup de catholiques. C'est la question même de l'autorité dans l’Église qui est placée au centre des discussions, bien au-delà des "catégories" religieuses qui sont le fruit de l'après-Concile. Beaucoup de catholiques, pas seulement de nom mais de conviction, sont inquiets et posent régulièrement une question qui devient un leitmotiv : "Mais où veut donc en venir le pape François ?"

    Il est vrai que des évènements récurrents sont on ne peut plus troublants : les interviews-dérapages à certains journaux, les conférences de presse mal encadrées, les audiences douteuses et les démentis à répétition en sont la preuve flagrante. "Est-ce que Jean Paul II ou Benoît XVI auraient agi ou parlé ainsi ?" On finit par comparer le pape actuel à ses prédécesseurs. Certains y voient un "mieux" car ils voient dans le changement de personnalité et de "leadership" - le mot anglais rapporte bien la chose - une porte ouverte à une adaptation tant espérée par eux de l’Église aux réalités d'aujourd'hui. D'autres y voient un "pire" car ils voient leurs efforts à défendre généreusement les vérités de la foi et de la morale chrétienne, dans un monde qui s'en écarte de plus en plus, comme un échec patent, en raison du peu de soutien objectif - c'est-à-dire concrétisé par des allocutions et des interventions magistérielles - d'un pape qui semble privilégier la miséricorde au détriment de la justice, la bonté au détriment de la vérité. Ainsi, les uns sont pleins d'espoir car ils réclament un changement dans l’Église - sinon un changement d’Église ; les autres sont acculés au pessimisme, voyant la fin définitive de la restauration bénédictine qui fut l'œuvre courageuse du pape Benoît XVI.

    La question centrale se résume en un mot, qui a fait couler tant d'encre et de sang au fil de l'histoire, un mot adulé et honni à la fois, un mot constructeur ou destructeur, un mot qui, s'il ne vise pas l'objectivité du vrai et du bien, devient un mensonge sinon un crime : la réforme.

    Les fausses notions de réforme


    Pour bien situer la notion objective et positive de réforme dans la doctrine et l'histoire de l'Eglise, il faut nécessairement rejeter d'emblée les fausses notions qui peuvent être recouvertes par ce mot, fausses notions qui confortent malheureusement beaucoup de soi-disant catholiques aujourd'hui. Je dis bien "soi-disant" parce qu'il nous faut constater que les catholiques baptisés ne sont pas tous de vrais catholiques. Certes, le vrai catholique n'est pas uniquement celui qui va à la messe tous les jours, qui récite neuf rosaires quotidiens, qui jeûne quatre fois par semaine et, surtout, qui passe son temps, comme le pharisien de l’Évangile, à dauber sur le voisin qui n'est pas assez catholique à son goût. Être catholique n'est pas une question de "degrés" sur une échelle de correspondances à un idéal donné. C'est une question de vivre selon sa foi. La foi est objective, elle est un tout. On ne croit pas en ceci et pas en cela, on ne fait pas son "marché spirituel" : les vérités éternelles, enseignées par le Christ et par l’Église, sont immuables et doivent s'imposer à notre intelligence : Credo. La foi n'est pas, contrairement aux élucubrations des modernistes du début du XXème siècle - qui ne se sont malheureusement pas éteints avec leur doctrine - un sentiment subjectif, mais une réalité objective. Le catholique, pour être vrai avec lui-même, doit vivre selon l'objectivité de la foi. Il s'agit non seulement de croire fermement toutes les vérités enseignées, mais d'appliquer, dans la vie quotidienne, ces vérités illustrées par le Christ dans l’Évangile et par la foule innombrable des saints au fil de l'histoire. Au fond, vivre selon la foi, c'est travailler à devenir un saint, chacun à sa place, selon les ressources, les talents, que Dieu lui a confiés depuis son baptême. Le vrai catholique accepte toutes les vérités, aime l’Église et ses pasteurs, unit sa prière à celle des autres baptisés dans l'unique prière de l’Église, Corps mystique du Christ. Le vrai catholique est aussi un "soldat du Christ", qui n'a pas peur de défendre les vérités lorsqu'elles sont attaquées par le monde, une défense qui doit se faire dans l'amour du prochain : "La vérité se fait dans la charité" enseigne saint Paul (Eph. 4, 15). Vérité et charité : les deux sont inséparables, comme l'intelligence et la volonté sont les deux facultés indissociables de l'intelligence humaine. Sans la charité, la vérité est dure et fait peur ; sans la vérité, la charité est fausse et inefficace. Toute la question de la réforme dans l'Eglise, nous le verrons, doit reposer sur ce binôme.

Saint Ignace d'Antioche, docteur et martyr de la vérité
    La première fausse notion de réforme est celle qui consiste à adapter l’Église au monde. "L’Église doit vivre avec son temps" nous ressassent les progressistes de tout poil. Cette maxime est au fond rien d'autre qu'une maxime du monde. Le temps semble être comme une charpente dilatable sur laquelle le toit doit s'adapter coûte que coûte au risque de se fissurer. Il s'agit bien évidemment d'une fausse compréhension du temps. L'homme vit dans le temps. Mais "les temps changent", comme on dit, parce que l'homme les fait changer, au gré d'un progrès intellectuel réel ou au gré des passions et d'un esprit acharné de contradiction. Car qu'est-ce que le progrès ? Un bien pour l'humanité au service du bien commun et de la finalité de la société. On ne peut pas mettre tout et n'importe quoi sous le terme de progrès. L'histoire nous montre qu'il y a eu des progrès authentiques, sociaux, médicaux, éducatifs, mais aussi des bouleversements délétères, critiqués jadis mais aujourd'hui totalement entrés dans les mœurs - et ce sera logiquement pareil demain pour ces prétendus progrès si critiqués aujourd'hui, comme la théorie du genre et autres idéologies à la mode. Les idéologies du monde, ennemies de l’Évangile et de l’Église, ont incontestablement confisqué pour elles la notion de progrès. Répandues universellement par les lobbies en tout genre, véritable quatrième pouvoir de la vie politique, elles ont souvent été subrepticement introduites dans la vie quotidienne des citoyens par le cheval de Troie de la législation. Une loi votée en catimini, à 4 h du matin, par 15 députés contre 8, aura force de loi - cette loi humaine si souvent opposée à la loi de Dieu. Et toute opposition sera désormais répréhensible. La loi conforte le prétendu progrès. L'opposition à ce progrès, taxée au fond d'obscurantisme, sera muselée par le hochet législatif. Où est la vérité, mais aussi, signe des temps, où est la liberté tant ressassée par les "hommes du progrès" ? La réponse est claire : nous marchons sur la tête, il serait peut-être temps de s'en rendre compte ! Ainsi comment l’Église doit-elle faire face au prétendu progrès. Ce progrès est prétendu, c'est-à-dire objectivement faux et nocif, parce qu'il contredit l'enseignement pérenne de l’Église sur des questions non négociables. Si, dans la discipline de l’Église, certains éléments ont changé et peuvent toujours changer au fil des siècles, en raison des évolutions concrètes - et pas toujours positives - de la société (baisse du nombre de prêtres, travail des femmes, etc.), il y a, au contraire, d'autres éléments absolument intangibles et irréformables, en ce qui concerne le domaine doctrinal de la foi et de la morale. Si la première n'intéresse pas les non-catholiques ou les hérétiques de facto qui peuplent malheureusement tant d'églises de nos jours ("je crois en ce que je veux" disent-ils), la seconde devient insupportable aux tenants de l'esprit du monde, qui ne peuvent plus tolérer, en vertu de leur grand sens de la tolérance, qu'une vieille ringarde comme l’Église n'ait pas encore reçu la définitive injection létale. Car au fond, c'est leur but, quand bien même l’Église s'adapterait à leur desiderata. Malheureusement pour eux, le Christ a affirmé que "les portes de l'enfer ne prévaudront point" (Mt 16, 18) contre son Église...

    La seconde erreur consiste en une confusion entre les notions de tolérance et d'adaptation, et une mauvaise interprétation de ces notions. Lorsque l'idée de réforme emporte celle d'une adaptation au soi-disant progrès que nous avons défini, elle trahit absolument le caractère pérenne de l'enseignement du Christ transmis à son Église. Dans la considération des évolutions de la société, le chrétien doit, éclairé par le magistère, distinguer d'une part le bien (objectif) du mal (objectif) et, d'autre part, distinguer le tolérable de l'adaptable. Si la première distinction est logiquement - malheureusement pas pour tout le monde ! - claire et immuable, la seconde est bien plus difficile à interpréter. Dans quelle mesure l’Église peut-elle concéder une modification, une dispense, un indult par rapport à la loi universelle, sans remettre en question pour autant sa profonde légitimité ? La position est donc très délicate, spécialement pour les questions disciplinaires qui touchent de près un point doctrinal non négociable. En est la parfaite illustration la question du mariage chrétien, qui fait couler tellement d'encre depuis le synode extraordinaire de 2014, et qui est actuellement replacée sur le devant de la scène ecclésiale - sinon de l'arène où combattent les gladiateurs de la foi contre les fauves du progressisme !

    Tolérer signifie avant tout, contrairement au concept moderne de tolérance forgé par les penseurs des Lumières au XVIIIème siècle, supporter un mal pour éviter un mal plus grand. Ainsi, l'édit de tolérance de Nantes promulgué par Henri IV, en 1598, avait pour but non pas de reconnaître la légitimité et la bonté intrinsèque du protestantisme, mais de permettre aux protestants de pratiquer librement et en toute sécurité leur culte afin de mettre un terme à la guerre civile qui avait ravagé la France pendant plus de trois décennies. La tolérance c'est au fond l'acceptation du moindre mal, non la reconnaissance de sa prétendue légitimité. Vouloir adapter, c'est accepter de modifier d'une réalité afin de ne pas provoquer, en raison d'évolutions ambiantes, sa disparition pure et simple. Ainsi, la modification de la discipline du jeûne eucharistique, par Pie XII, voulait sauver cette vénérable pratique en l'adaptant, sans conséquences néfastes pour elle, à la réalité d'une société en mutation (spécialement dans le domaine du travail). Adapter ne signifie pas faire perdre son authenticité à la réalité ; adapter vise le bien et ne permet pas le mal, même le moindre.

    Malheureusement, dans la pratique, la confusion est plus que troublante entre la tolérance et l'adaptation. C'est elle qui domine notamment dans le "compromis kaspérien", tentative d'ouverture sacramentelle adaptée au cas de plus en plus fréquent des dits "divorcés-remariés". La doctrine pérenne de l’Église serait-elle donc susceptible d'adaptation, comme l'enseignaient les modernistes condamnés par S. Pie X dans son encyclique Pascendi ? Dans ce cas, continuons à poser les questions. Dieu est-il adaptable ? Son enseignement, sa vérité, immuables, peuvent-ils être susceptibles de changement ? Dieu est pourtant immuable. Qu'est-ce qui doit changer ? Le concept et ce qu'il renferme essentiellement ou le langage qui l'exprime ? Le langage théologique ou ecclésiologique peut-il évoluer et s'adapter au gré des situations nouvelles ? Ne risque-t-il pas de perdre sa signification authentique ? Malheureusement, oui, un oui dramatique.

    D'où la troisième erreur, cet autre conflit provoqué par cette confusion de l'adaptation aux réalités du temps : le conflit entre doctrine et pastorale. Il ne date pas d'hier ; ce fut même un leitmotiv des oppositions réelles qui ont jalonné les sessions du Concile Vatican II, sa préparation et son application. Cinquante ans après, le conflit n'a pas été éteint, il persiste même, et les assises synodales sentent, malgré les apaisements réclamés par le pape François, une vive odeur de poudre à canon, prête à exploser du jour au lendemain. La question est si grave que certains prélats et journalistes sérieux sont foncièrement inquiets d'un risque de schisme dans l’Église.

    On nous rappelle la doctrine, mais on veut changer une discipline foncièrement liée à la doctrine (donc une discipline quasi-irréformable dans ses fondements, sous peine de bouleverser l'ordre doctrinal). Au fond, nous sommes clairement dans une idéologie sinon une hérésie : le pastoralisme, dénoncé dès les années 1950 par de grands prélats, tel le cardinal Siri, archevêque de Gênes. Le cardinal de Paolis le rappelait tout récemment : "Si la pastorale trouve son fondement en elle-même, elle devient pastoralisme et de fait négation de tous les principes" (Conférence donnée au congrès Mariage et famille, organisé à Rome par la Fondation Lepanto et l’Association Famiglia Domani). Le pastoralisme est une dénaturation de la notion de charité - au détriment de la justice - et un détournement du concept de salus animarum - au détriment de la gloria Dei, qui doit pourtant être absolument première dans l'ordre pastoral. Ce pastoralisme est en plus d'une mauvaise foi effrayante, ses tenants, le cardinal Kasper en tête, prétendant ne rien toucher à la doctrine tout en sapant ses fondements. Le pseudo-compromis des Kaspériens est l'ultime avatar de ce conflit entre doctrine et pastoral qui agite l’Église depuis une cinquantaine d'années.

Benoît XVI, un pape qui a souffert pour proclamer la vérité dans la charité
    Nous sommes confrontés, en ce sens, à de plus en plus de textes, issus de "l'enseignement romain" - pour ne pas dire magistère, étant donné que certains textes n'ont pas le style ni le contenu "classique" de l'enseignement magistériel - ou de l'enseignement épiscopal - souvent muselé ou détourné par un prétendu "enseignement des conférences épiscopales", qui, fondamentalement, n'a pas de valeur légitime, les conférences épiscopales n'étant pas détentrices d'un pouvoir d'enseignement de droit divin (à bon entendeur...). Le cardinal Burke ne soulignait-il pas, lorsqu'on lui reprochait, en tant qu'évêque aux États-Unis, de ne pas "s'aligner" sur les  positions avancées par la Conférence, qu'il aurait plus tard à rendre des comptes à Dieu et non à la Conférence ? Le pastoralisme ayant pris la tournure d'un leitmotiv dans l'enseignement actuel, on finit par ne plus voir du tout la doctrine de l’Église, spécialement la doctrine sociale traditionnelle, mise en avant. Si pour autant cette doctrine n'est pas officiellement contestée, sa mise à l'écart volontaire ne peut qu'entraîner dans l'esprit de beaucoup de gens une relativisation doctrinale. Le fameux "Qui suis-je pour juger ?" n'est-il pas un soutien manifeste - même si on peut supposer que ce n'était pas l'intention première de son auteur - à une extensibilité, et par conséquent une remise en question, du modèle doctrinal classique de l’Église ?

    Nous sommes donc dans une véritable situation de trouble pour la grande majorité des pasteurs et des fidèles amoureux de l’Église et attachés à son enseignement. Ces pasteurs et ces fidèles ne comprennent plus où l'on veut en venir. Les communiqués et les contre-communiqués de la Sala Stampa du Saint-Siège ne sont pas faits pour rassurer. Quant aux mass media, ils font des choux gras de ce qui pourra sortir d'une interview imprudente ou d'une audience inopportune du pape François... Les chrétiens fidèles, qui marchent à contre-courant depuis plusieurs décennies, qui vivent incontestablement un martyre moral pour défendre la foi et la morale chrétienne, pour eux-mêmes et leurs enfants, se sentent abandonnés et découragés par les reproches de plus en plus fréquents qu'on leur fera, les accusant de rester enfermés dans une bulle catholique. Et ne parlons pas des mots agressifs et scandaleux d'un cardinal Kasper, qui, au-delà de ses hérésies manifestes, a eu le culot de traiter les catholiques fidèles de "fondamentalistes" ! A quand sa disgrâce, qui sera évidemment indispensable pour laver l'honneur du peuple de Dieu ?

    La situation est donc explosive. Malgré les appels du pape François à l'écoute et au respect, il est trop tard. La boîte de Pandore a été ouverte faute de l'exercice clair et univoque de la plus haute autorité de l’Église. A ce déchaînement des passions "progressistes", à ce dévoilement des vrais visages, on assiste aussi à une forme de terreur. Oui, c'est la peur qui règne à Rome depuis un certain temps. Peur de perdre sa place pour l'ambitieux, peur d'être réduit au silence pour le docteur fidèle, peur d'être jeté en pâture aux médias pour le pasteur soucieux du salut éternel de ses brebis. Les démentis de certains signataires du "Manifeste des treize cardinaux" en sont la preuve. Certains pères synodaux par contre ont le courage de leur amour de l’Église et du Christ "jusqu'au sang", comme ces évêques africains ou asiatiques, qui ne sont pas tombés dans le panneau du mirage occidental. Ainsi en est-il du courageux archevêque d'Astana, au Kazakhstan, Mgr Lenga, qui a fait montre, en pleine assemblée synodale, du courage de la vérité, en des termes qui sont aux antipodes de la langue de bois ecclésiastique actuelle :

    "Certains pères synodaux n’ont pas correctement compris l’appel du pape François à la discussion ouverte et ont commencé à mettre en avant des idées qui contredisent la Tradition bimillénaire de l’Église, enracinée dans la Parole éternelle de Dieu. Hélas, on perçoit encore l’odeur de ces « fumées de Satan » dans certains paragraphes de l’Instrumentum laboris ainsi que dans les interventions de certains pères synodaux cette année."

    La clef du problème réside dans ce mal ambiant du relativisme, qui touche malheureusement jusqu'au Collège cardinalice. Benoît XVI a passé son quart de siècle à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et ses sept années de pontificat à dénoncé cette maladie du siècle et ses conséquences dans l’Église. Les tergiversations synodales sont la preuve claire que l'enseignement d'un certain nombre d'évêques est explicitement teinté de relativisme, moral ou doctrinal. Quand on entend un archevêque de Lille évoquer avec des trémolos dans la voix les semina verbi, donc une sorte de présence divine, au sein des modèles familiaux contemporains, en contradiction claire et nette avec la famille chrétienne, il y a de quoi sauter au plafond ! Comment veut-on encourager ceux qui vivent dans le péché à commencer un chemin de conversion si on insiste sur la prétendue valeur positive de leur situation actuelle ? Si l’Église ne veut pas la mort du pécheur, elle condamne le péché : elle ne conforte pas celui-ci sous prétexte de ne pas décourager le pécheur ! Cette vérité "pastorale" qui a traversé les siècles et fait couler le sang de tant de glorieux martyrs ne semble plus être au goût du jour... Espérons que les paroles incontournable du prophète Isaïe mettront un peu de plomb dans la cervelle de ces sinistres rêveurs : "Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal !" (Is 5, 20). Car au fond c'est toute la théologie du péché, du bien et du mal qui est en train d'être bousculée.

mercredi 9 septembre 2015

Frontière, jolie frontière...

         La photo a fait le tour du monde. Les journaux et les télévisions ont l'art et la manière de s'en servir, comme des clichés de paparazzis, pour ébranler les consciences et relancer le dictaphone du prêt-à-penser. Et pourtant, ce pauvre enfant syrien retrouvé noyé sur le bord d'une plage turque n'a rien à voir avec la politique internationale. Si ce drame a légitimement ému tous ceux qui ont du cœur, il a été délibérément utilisé par les médias afin de servir la cause de cette grande utopie qui tend à vouloir refaire surface, malgré les protestations de plus en plus marquées des Européens, j'ai nommé le mythe des bienfaits absolus de l'immigration.

        L'immigration, un sujet qui fâche et qui fâchera toujours quant on ose ruer dans les brancards et enfoncer les portes ouvertes. Pourtant, loin de toute polémique, mais seulement dans la ligne du bon sens, il y a un juste milieu entre la xénophobie pure et dure et la folie immigrationniste. Mais comme ce n'est pas demain la veille qu'il y aura un débat consciencieux et paisible sur cette question, mieux vaut remettre déjà les cartes sur les tables et partir des principes pour aboutir à de justes conclusions... A bon entendeur !

Ce panneau sert-il seulement à décorer ?

        L'immigration n'est pas un droit de l'homme


        Le temps du paradis terrestre a bel et bien disparu. Caïn l'avait déjà montré en tuant son propre frère. L'humanité s'est alors multipliée et les peuples se sont répartis sur la terre pour y trouver leur subsistance. Un peuple, une terre. Cet adage, qui semble blesser les oreilles pies de nos philanthropes vieillissants, correspond pourtant à la réalité du peuplement et de l'établissement des sociétés humaines. Il a fallu distinguer les peuples en distinguant les territoires, en établissant des limites entre ces espaces géographiques. Pourquoi ? Pour éviter les contestations, les conflits, les invasions, les guerres. Les frontières ne datent pas d'hier. Si elles ont souvent été contestées et modifiées au cours de l'histoire, sacrifiées sur l'autel des intérêts économiques et stratégiques, il n'en reste pas moins que, dans l'esprit des anciens, auprès de qui les petits esprits de notre temps ont toujours à apprendre, la réalité de la frontière était quelque chose d'irréformable.
        La frontière signifie d'abord une protection. Protéger un territoire et protéger un peuple. Lorsqu'une frontière était menacée, lorsqu'un territoire était envahi, c'était le cœur de chaque habitant qui était touché. Le vrai et authentique patriotisme retentissait alors parce que le bien commun d'un peuple était attaqué.
           Une idéologie récente a modifié le sens profond du mot frontière. Au nom d'une philanthropie lunaire, les défenseurs d'un melting pot pour tous les goûts préconisent inlassablement la destruction de ce qu'ils appellent avec mépris des "barrières de la honte". Pourtant, entre le mur de Berlin et le guichet de douane d'Armentières, il y a une différence assez consistante... Qu'importe, pour ces beaux perroquets du vivre-ensemble, la frontière méprise ce qu'ils considèrent comme un droit de l'homme inaliénable : l'immigration. Tout individu aurait le droit de circuler comme il veut et de s'installer où il veut. Cette conception excessive de la liberté, dont profitèrent, sans pour autant la théoriser, les Barbares des premiers siècles, est la porte ouverte à un bouleversement démographique sans précédent dans l'histoire humaine. Il suffit de comparer les chiffres : vers l'an 400, la population mondiale avoisinait les 200 millions d'habitants, en 2015, elle en compte plus de 7 milliards (la population augmente de près de 400 millions d'individus tous les cinq ans !). On ne peut pas déplacer des milliards de personnes comme on déplace les pions d'un échiquier...
        L'histoire du peuplement est marquée par des migrations. Ces migrations se sont avérées de moins en moins importantes à l'échelle européenne après l'an mil, car le peuplement de notre continent a connu une certaine stabilisation. Les mouvements de population intra-européens devinrent liés à plusieurs facteurs de nature économique ou politique. C'est le cas de la colonisation de territoires : par exemple, le roi Geza II de Hongrie, au XIIème siècle, invita les Saxons à coloniser ce qu'on appellera la Transylvanie. C'est le cas des mouvements de dépeuplement et de repeuplement liés aux guerres (l'Allemagne a connu ce double mouvement au XVIIème siècle, du fait de la Guerre de Trente Ans). C'est le cas surtout de l'émigration économique (et professionnelle), qui a été plus ou moins considérable aux XIXème et XXème siècles. Ce dernier cas profitait cependant des situations relativement positives sur le plan économique et démographique des deux siècles passés. Des pays en plein essor industriel avaient besoin de main d’œuvre étrangère, les travailleurs indigènes n'étant pas assez nombreux (surtout lorsque la faux mortifère des guerres et des épidémies avait fait son travail...). Les pays en mauvaise posture voyaient leur population diminuer, faute d'être capables de mettre en place une politique économique et sociale favorable. Toutefois, cette immigration professionnelle se réalisait dans l'ordre et la bonne entente. Personne, à l'époque, n'aurait osé mépriser les frontières et refuser la légitime intégration culturelle et sociale dans son pays d'accueil, qui devenait sa nouvelle patrie. Ainsi si l'immigration avait ses justifications, elle n'était pas un droit, et personne ne le revendiquait en brandissant ses papiers pour réclamer bruyamment et présomptueusement une carte de séjour...
         

         La tradition de l'accueil ne doit pas nuire aux intérêts des régnicoles


         Ainsi, quoiqu'en pensent nos perroquets philanthropiques, la frontière n'est pas synonyme de rejet. La France a toujours eu une vocation de "terre d'accueil", malgré ses frontières et malgré le souci de défendre les intérêts de ses propres ressortissants. Si la liberté de circulation des personnes ne peut pas être remise en question, la liberté d'immigration n'est pas un droit absolu. Si je vais à Copenhague pour passer une semaine à découvrir les trésors de cette ville scandinave, je n'arrive pas avec tous mes bagages pour m'y installer définitivement en disant : "Je suis chez moi, je fais ce que je veux".
 

       Non, parce que si j'arrive pour m'installer dans un pays, je me mets d'abord à la place des habitants de ce pays. Une adaptation culturelle est absolument nécessaire pour que se produise une juste adaptation des personnes immigrées. S'installer d'une manière définitive en dehors de son pays et de sa culture d'origine ne veut pas dire pour autant renier ses origines chez l'accueilli ni condamner la "diversité culturelle" chez l'accueillant. Cette expression "diversité culturelle" doit, une fois encore, être bien précisée. Elle signifie l'enrichissement des relations sociales par la préservation des traditions culturelles des communautés issues de l'immigration. Elle ne veut pas dire favoriser les cultures provenant de l'immigration au détriment de la culture locale, contrairement à ce que l'on peut voir autour de nous, entre la multiplication des Kebabs et le remplacement "éducatif" de la flûte par les percussions africaines... Le rapport entre l'immigré et le pays d'accueil doit être consensuel. Ce consensus ne peut se réaliser en dehors d'une adaptation équilibrée aux lois et à la culture (langue, habillement, usages de sociabilité, etc.) du pays d'accueil. Ce que le gouvernement danois de M. Lars Rasmussen vient de rappeler tout récemment.

        Le refus d'une juste et légitime adaptation provoque une inévitable situation de conflit culturel, social, et par conséquent politique. L'unité du pays d'accueil est remise en question par une politique migratoire qui ne jure que par les étiquettes de la xénophobie et de l'intolérance. La situation de la France n'illustre hélas que trop clairement cette situation conflictuelle. Les faveurs accordées depuis des décennies au communautarisme a fini par créer de véritables zones de non-droit, où la police n'ose plus s'aventurer, où la loi de l'Etat n'a plus le pouvoir d'être appliquée et où les ressortissants français de culture et d'origine (Français de souche oserai-je dire... attention aux oreilles délicates !) n'ont plus leur mot à dire et vivent constamment dans la peur. Cette réalité est tellement ancrée dans le paysage français qu'aucune solution politique ne semble désormais plus viable pour endiguer le phénomène.
      

        Immigration vs invasion ou pour une écologie du peuplement


        Le problème de la situation gravissime à laquelle l'Europe est confrontée depuis plusieurs mois résulte de décennies d'une inconsciente politique migratoire. La boîte de Pandore a été ouverte le 26 mars 1995 avec la naissance de l'espace Schengen, qui établit, dix ans après les accords du même nom (entre 5 États), la libre-circulation dans toute l'Union européenne. Comment cela ? Tout simplement par la suppression des frontières entre les États membres. Cette suppression n'est pas seulement un gain de temps ("Rien à déclarer ?") et d'argent (qui finalement a supprimé un certain nombre d'emplois). Elle est surtout la fin officielle de l'indépendance et de la souveraineté des États, matérialisées par la frontière. N'importe qui peut désormais circuler d'un pays à l'autre sans montrer son visa ni présenter les raisons de son déplacement. Un avantage pour beaucoup, sans doute, mais qui va en fin de compte nous faire sentir le revers de la médaille.

        Nous avons parlé des migrations intra-européennes. Celles-ci n'ont pas provoqué de crise particulière dans la mesure où il y a un fond commun entre les différents peuples qui composent l'Europe : la civilisation européenne ou plutôt, disons-le franchement, la civilisation chrétienne. Et c'est là où le bât blesse justement ! Nous vivons à une époque où le choc des civilisations n'est plus une vieille lubie de nationalistes ridés ou un scrupule de géographes réactionnaires. C'est une réalité que nous pouvons constater un peu partout dans le monde, et spécialement dans cette poudrière du XXIème siècle qu'est le Moyen Orient. 

         D'où viennent donc ces dizaines de milliers de migrants qui traversent en ce moment le couloir des Balkans ? De Syrie pour la plupart, ou des pays envahis et menacés par le fameux État islamique ou Daesch, qui, tel Attila en son temps, sème la panique dans toute le Moyen Orient. Les populations fuient donc la guerre et les massacres. Elles souhaitent trouver refuge en Europe. Leur condition de "réfugiés" exige une réponse favorable des pays occidentaux qui doivent satisfaire à leurs obligations d'accueil envers ces populations. Tel est le résumé des médias. Mais la réalité est toute autre !

         La réalité est celle des chiffres. Des dizaines de milliers de personnes sont entrées en Europe via la frontière gréco-macédonienne ou serbo-hongroise, ainsi que par les ports méditerranéens d'Italie. Combien de fois n'a-t-on pas évoqué (et surenchéri) sur le drame de ces embarcations de fortune qui ont coulé corps et biens dans la Méditerranée, comme autour du fameux rocher de Lampedusa ? Et après d'entendre les atermoiements des partisans inconditionnels de l'immigrationnisme, qui nous disent que ces terribles noyades sont "la faute de l'égoïsme des pays riches". Pourquoi donc une telle accusation ? Nous ne sommes pas allés chercher ces pauvres gens pour les noyer dans la Méditerranée, que je sache ! La faute est plutôt aux trafiquants qui leur font miroiter monts et merveilles en échanges de leurs économies, avant de les abandonner lâchement aux caprices des mers agitées. Sans parler de ces migrants chrétiens littéralement passés par-dessus bord par des migrants d'autres opinions religieuses... Mais ça, évidemment, on n'en parle pas... Sans commentaire.

       Si l'on doit constater avec tristesse la détresse de ces visages présentés par les médias, il faut pourtant se poser quelques questions intelligentes, pour ne pas sombrer dans l'émotivité ambiante : qui sont ces migrants ? Pourquoi viennent-ils en Europe ? Que peut-on faire pour eux ? Et la question subsidiaire : pourquoi ne pas les aider chez eux ?



        Il n'y a pas que la terrible photo du petit enfant noyé en Turquie qui doit nous faire réfléchir ou du moins arrêter notre réflexion. Quelques petites vidéos prises dans des gares hongroises circulent sur Internet. On y voit clairement une foule de migrants se marchant les uns sur les autres (quel esprit d'équipe !) pour monter dans un train (affrété gratis pro Deo rappelons-le au contribuable...). Plusieurs policiers en uniforme s'avancent vers eux pour leur distribuer gentiment des provisions. Quelle est la réaction des pauvres migrants en question ? Ils bousculent leurs bienfaiteurs du jour et balancent littéralement les packs d'eau et les paquets de biscuits sur la voie de chemin de fer. Esprit de pauvreté, es-tu là ? Quant au train en question, on ne peut même pas imaginer, sans voir les photos, dans quel état il arrivera à sa destination... C'est bien connu, l'Europe est une déchèterie à ciel ouvert !

       Et puis là, cette nouvelle terrifiante ! On apprend que, parmi les hordes pacifiques qui traversent actuellement notre vieux continent, quelques centaines de terroristes se sont glissés pour se répandre un peu partout en Europe. C'était à prévoir, et pourtant notre grand rêveur national de l’Élysée imagine peut-être toujours que c'est seulement à la sortie des avions qu'on pourra cueillir les poseurs de bombe revenus de vacances sportives en Afghanistan... 

        Évidemment tous nos migrants ne sont pas des tueurs ! Mais qui sont par contre les vrais "réfugiés" ? Quand on sait qu'un bon nombre souhaite seulement rejoindre, sans contrainte, leurs parents déjà installés en Europe ; ou que d'autres ont tranquillement attendu en Turquie avant de suivre la foule en mouvement et de sauter dans le train en marche, pour gagner l'antique eldorado. Tout cela pour profiter des avantages économiques et sociaux dont bénéficient les populations immigrées, ce dont la France est experte au détriment de ses propres ressortissants... Semble-t-il que le trou de la Sécu est en voie d'être comblé !

       Résultat, si une partie des migrants sont d'authentiques "réfugiés", et méritent à ce titre l'hospitalité européenne, il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes. Mais qui peut témoigner en vérité ? Que fait le fameux HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés) ? A-t-il vérifié les identités et les raisons d'émigrer ? A-t-il distribué des passeports ? N'est-il pas étonnant d'ailleurs que 72% des migrants soient des hommes ? Les femmes et les enfants ont dû alors rester au pays pour le défendre les armes à la main. Pourtant ne disait-on pas jadis "les femmes et les enfants d'abord !" Autre constat : pourquoi nos migrants veulent-ils à tout prix gagner l'Europe du nord et de l'ouest pour "fuir" le danger ? Les pays balkaniques ne leur conviennent-ils donc pas ? Il paraît que la Macédoine n'a accueilli que 9 demandes d'asile !

       Tout ceci me laisse bien perplexe. N'y a-t-il pas une autre raison qu'un statut parfois étonnant de réfugiés ? Cette immigration massive et soudaine a plutôt les apparences d'une invasion. La violence et la désinvolture que nous constatons de jour en jour, au fil des reportages sur la question, font bien penser en effet à une véritable invasion. Or une invasion voulue ou non, prévue ou non, volontaire ou non, reste objectivement une invasion. La vraie immigration, ce n'est pas cela, car la vraie immigration est un mécanisme de ce que nous pourrions appeler une "écologie du peuplement". Les déplacements incontrôlés et incontrôlables de populations entre des aires civilisationnelles radicalement différentes bouleversent totalement cette écologie, car elles bouleversent le rapport du peuple à la terre.

          La vraie doctrine sociale de l’Église sur la question migratoire


          Qu'est-ce qu'on a pu entendre comme sons de cloches chez les politiques, mais aussi chez les ecclésiastiques ! L’Église, "experte en humanité", comme disait le pape Paul VI, a bien sûr son mot à dire sur cette question cruciale. Malheureusement, nous constatons, depuis plusieurs décennies, une conception un peu gauchisante sur le problème migratoire. En reprenant le concept biblique d'accueil de l'étranger, certains prélats estiment qu'il y a une obligatoire morale pour l'Europe d'ouvrir ses frontières à tous ces migrants qui se pressent à ses portes. Délicate attention vis-à-vis de personnes dans le besoin, cela est indéniable. Mais, malheureusement, un projet qui ne tient pas compte de la réalité des choses. Dans sa doctrine sociale, l'Eglise a toujours enseigné qu'il y avait un ordre dans la charité. On doit d'abord venir en aide à ceux qui nous sont les plus proches : le conjoint, les parents, les enfants. Puis, cette charité doit se diffuser vers l'extérieur à commencer par ceux que nous côtoyons le plus souvent : amis, voisins, compatriotes. Ainsi, si une famille de mon village a perdu sa maison suite à un incendie, j'ai le devoir de les aider, du mieux que je puisse, à condition de pouvoir subvenir aux besoins de ma propre famille. En nous rappelant qu'on ne peut pas venir en aide à tous les malheureux du monde...

         Qui sont les migrants dans cet ordre de la charité ? Il faut le dire d'emblée : les migrants sont loin d'être "nos plus proches voisins". Nous les connaissons par les médias. Il y a cent ans, on aurait complètement ignoré, faute de médiatisation, des mouvements de peuples en Afrique ou en Asie. Si on ne peut pas éteindre définitivement le poste de télévision (quoique cela ne fera pas de mal de temps en temps...), on ne doit pas non plus verser des larmes à chaque fois qu'un malheur passe en boucle sur les chaînes d'information. Il faut d'abord faire preuve de réalisme. Primo, nos pays européens n'ont pas les moyens économiques d'aider tous les migrants de la planète, étant donné la paupérisation croissante de certaines franges de la population occidentale. Secundo, qui dit accueil de familles, dit logements et emplois à fournir : la belle affaire en temps de crise économique majeure ! Tertio, un tel déferlement de population ne peut que susciter un accroissement d'insécurité, comme si on n'en souffrait pas assez... Les migrants ne sont pas tous des "bisounours" qui se jetteront dans les bras de leurs "sauveurs" et leur proclameront hommage et fidélité ! Quarto, un chrétien doit d'abord favoriser ses frères en religion.

        Et c'est là où ça fait mal justement ! Parmi nos migrants, quelle est la proportion de chrétiens ? Si la laïcité à toutes les sauces est prêchée en boucle dans notre Europe chrétienne, un vrai Européen ne peut pas nier que c'est la foi chrétienne qui a construit l'Europe. Le "réfugié" dont nous parlons actuellement est normalement quelqu'un qui fuit le péril de l’État Islamique. Autrement dit, il s'agit d'un réfugié chrétien. Sous prétexte de vouloir accueillir tout le monde, sans distinction, pour ne pas tomber dans le piège de l'intolérance et de la xénophobie (le serpent se mort toujours la queue), on refuse toute idée de "sélection" parmi les migrants. Folie furieuse une fois encore ! La France n'avait-elle pas jadis la vocation de secourir les chrétiens d'Orient ? Que fait-elle aujourd'hui ? Non seulement elle boude toute collaboration avec le seul chef d’État capable de défendre les chrétiens au Proche Orient, mais en plus elle ne veut pas favoriser les chrétiens parmi les réfugiés accueillis ! Heureusement, dans d'autres pays d'Europe, comme la Hongrie, ou la Slovaquie, il y a des chefs politiques intelligents et sensés qui voient l'ampleur du danger auquel ils sont, en première ligne, confrontés.

Toute ressemblance avec des évêques actuels serait tout à fait fortuite...

           Plus pitoyable encore la réaction de certains prélats catholiques et organismes caritatifs étiquetés "catholiques", qui, au langage dégoulinant sur l'accueil de tous sans quotas et sans restrictions, ajoutent la bêtise de croire que tous les migrants sont de bonnes et pauvres gens. Chrétiens ou non, qu'importe : il faut les accueillir comme ils sont ! Même avec une kalachnikov sous le bras, messeigneurs ? La charité chrétienne, rappelons-le, doit d'abord s'exercer à l'intérieur de l’Église, auprès de nos frères dans le baptême, avant de s'exercer à l'extérieur. Et si elle doit s'exercer à l'extérieur, elle doit chercher à toucher les intelligences et les cœurs pour les conduire vers le Christ : c'est cela prêcher "la vérité dans la charité", comme le disait saint Paul. Un grand prélat fustigeait récemment les politiques brandissant "l'épouvantail de l'invasion". Je préfère un clown mitré à un épouvantail armé, mais si le prélat en question ouvrait ses yeux et débouchait ses oreilles, il ne pourrait pas ne pas avouer qu'il s'agit bel et bien d'une invasion ! Ou alors, prouvez-moi, monseigneur, la bonne foi et les intentions purement pacifiques de tous ces gens ! Il est temps franchement de sortir de l'utopie des "bisounours". La charité a bon dos, mais il ne faut peut-être pas pousser le bouchon trop loin !


        Quelle est donc la solution ?


        Toujours la même chose, que les penseurs pragmatiques ne cessent de rabâcher depuis des décennies : il faut aider ces populations chez elles. Ces migrations ont en effet aussi des effets catastrophiques pour les migrants. D'une part, ils sont déracinés, ils vivront toujours avec le mal du pays et un frein permanent à leur intégration dans le pays d'accueil. D'autre part, que deviendra le pays menacé si tout le monde s'en va ? Un désert mais aussi et surtout un poste avancé supplémentaire pour les dangereux ennemis. C'est comme si face à l'avancée d'un ennemi, au lieu de la combattre, nous lui cédions peu à peu toutes nos villes et tous nos biens, en reculant pour soi-disant mieux nous protéger. Quelle grossière erreur de tactique !

        Les pays occidentaux sont bien évidemment responsable de ce chaos démographique, faute d'être intervenus à temps pour faire face à l’État islamique et protéger les populations sur place. Une bonne claque encore une fois ! Paraît-il que M. Bachar el-Assad est pire que l’État islamique. Pourtant, comme par enchantement, on ne parle plus de réclamer sa tête, comme on le fit jadis pour celles de Saddam Hussein et de Khadafi. Et on a vu le résultat, sans qu'aucun mea culpa ne soit prononcé dans la haute sphère de la politique internationale. 

        Face à ce terrible et tragique problème des migrants, il faut réagir intelligemment, et non selon l'émotion du moment, comme le soulignait Mgr Aillet, évêque de Bayonne. Il faut donc accueillir les réfugiés qui le sont vraiment, et d'abord les réfugiés chrétiens, persécutés pour leur foi. C'est un devoir de charité chrétienne : "J’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire … j’étais un étranger et vous m’avez accueilli". Et cette prise de conscience bousculera un peu les Français avachis dans leur petit confort individualiste. Mais après cela, soyons réalistes : l'Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde ! Il faut en finir avec les belles utopies, n'en déplaise à M. Juncker, grand mamamouchi de la Commission européenne et son aréopage d'inconscients ; n'en déplaise aussi aux prélats flottant sur les nuages de ce monde meilleur qui n'existe que dans leur imagination. Nous n'avons pas les moyens de subvenir à la subsistance de ces pauvres gens. Il faut donc les aider à rentrer dignement chez eux, en leur montrant que l'European dream est quelque chose de bel et bien fini ! Le seul moyen d'aider les migrants, c'est de les aider à construire leur avenir, pour leur famille, dans leur pays. Il n'y a pas d'autre alternative, sinon le suicide européen sera inévitable !

mardi 25 août 2015

La noble horreur de la vulgarité

        Ces paroles du cantique scout Coeur de Jésus, notre Chef, ne s'adressent pas seulement aux disciples de cette belle et édifiante pédagogie qu'est le scoutisme. S'il est un mal répandu à toutes les époques, c'est bien la vulgarité. Avant de parler de l'élégance, Mathias Balticensis aurait mieux fait de s'attaquer à cette maladie qui, loin de se borner au langage et au comportement des individus, finit par devenir un habitus qui affecte profondément la dignité humaine de chacun et les formes de sociabilité. Alors, d'emblée, il ne faut pas croire que la vulgarité n'est qu'une petite imperfection de rien du tout au sujet de laquelle il ne faut pas dramatiser !

        Le mot vulgarité, vient de vulgus, qui désigne le commun des hommes, le peuple (plebs) pour le distinguer des catégories sociales plus élevées, sur le plan économique et culturel. D'une distinction d'ordre social, le mot vulgus a fini par donner le terme vulgarius, "le vulgaire". Les anciens auteurs rattachaient le peuple, par stéréotype ou par dédain, à un comportement grossier, loin de toutes les formes de sociabilité entretenues et codifiées par les catégories aisées. Si le cliché doit être dépassé, le mot "vulgaire" est resté pour caractériser les personnes et les groupes sociaux qui, n'ayant pas reçu ou ayant refusé les fondements d'une digne éducation à la vie en société (loin de toute forme de snobisme, bien sûr !), s'attachent à un comportement mêlant grossièreté, ignorance, paresse et toutes sortes de maux si répandus, par contact, dans des milieux qu'on qualifiera aujourd'hui de "défavorisés". Loin de nous de mépriser ces milieux. La plupart de ces personnes sont victimes, et non coupables, de "l'effet de groupe" et de l'inactivité des politiques éducatives. Premièrement, "l'effet de groupe", qui se résume dans l'adage célèbre : "Dis moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es". Le groupe social dans lequel nous naissons, grandissons et vivons, a un impact sur notre propre comportement : l'éducation se réalise d'abord dans le milieu (famille, voisinage, amis) dans lequel nous vivons au quotidien. Nous ne pouvons pas nier l'existence d'un "effet de groupe" constructif ou destructif selon le type de comportement social qu'il communiquera. La réalité des milieux défavorisés nous montre une influence délétère de cet "effet de groupe", notamment à travers une sorte d'initiation au crime ou à la délinquance, considérée comme une échappatoire au fatalisme des inégalités et des discriminations. Bref, le mal-être social des familles défavorisées n'est pas soigné à la racine : il semble au contraire qu'une sorte de ghettoïsation sociale soit encouragée par les tenants de ce qu'on pourrait appeler l'anti-culture de la violence urbaine (précisons bien, pour la police de la pensée, qu'il n'y a là aucune connotation raciste ou intolérante !).

         Deuxièmement, l'inaptitude des politiques sociales est en grande partie responsable de l'échec d'un relèvement des milieux défavorisés. A force de vouloir faire de l'égalitarisme le principe premier d'un utopique projet d'amélioration sociale, ces messieurs des cabinets dorés parisiens - qui vivent à des années lumières des réalités sociales qu'ils prétendent connaître sur le bout des doigts - ont entraîné un appauvrissement incontestable de la société dans son ensemble, qu'on résume dans l'expression de nivellement par le bas. D'une part, les échecs scolaires des jeunes issus de milieux défavorisés n'ont pas été résorbés. D'autre part, et pire que cela, les politiques scolaires égalitaristes ont entraîné une faillite institutionnelle (la réforme hollandaise lui donnera semble-t-il le coup de grâce) et une contamination de l'échec chez les jeunes issus des autres milieux sociaux. A ce tableau, il faut ajouter bien sûr les mirages de l'avenir professionnel, puisque la courbe du chômage semble, malgré les prédictions réitérées de nos mathématiciens des ministères, vouloir finalement ne jamais s'inverser... Sans commentaire.

Une classe de l'école centrale de Mulhouse en 1939. Autres temps, autres mœurs !

         Si ce double mouvement ne permet pas aux honnêtes gens des milieux défavorisés de sortir de la spirale du vulgarius, il faut aussi remarquer, depuis plusieurs décennies, une contamination de la vulgarité au sein des autres catégories sociales. Il semble que ce soit à la mode de parler comme un charretier, que ce soit viril pour un jeune garçon de sortir un gros mot de temps à autre, que ce soit une preuve d'affirmation de soi de revêtir des vêtements déchirés ou délavés, de cracher par terre, de déambuler comme un pantin désarticulé, d'interpeller à tout bout de champ, de répondre à voix (très) haute au téléphone où que l'on soit, et j'en passe. Il suffit de se promener dans une ville, de fréquenter les transports en commun ou de déjeuner dans un restaurant pour s'en rendre compte. La vulgarité est devenue un phénomène social de masse, une affirmation pure et simple de l'individualisme qui règne partout, une distinction (et quelle distinction !) du moi parmi tant d'autres ! Et comme l'exemple vient toujours d'en haut, on idolâtrera une chanteuse qui se tortille dans tous les sens revêtue comme une fille publique ; on portera au pinacle un acteur qui ne sait pas aligner trois mots (tant bien que mal d'ailleurs...) sans sortir une insulte, à tel point qu'il se réduit à un dictionnaire de coprolalie sur deux jambes ; on louera les mérites et l'humilité d'un homme politique qui se présentera débraillé et mal rasé à un rendez-vous officiel. Si ceux qui sont sensés donner l'exemple ne le font pas, comment s'étonner que la masse populaire ne se corrige pas ?
       
      Comme beaucoup de gens, et plus qu'on ne le pense, j'en ai ras-le-bol de ce phénomène social qui est en train de ronger les vestiges d'un peuple qui a jadis fait œuvre de civilisation, en particulier par sa langue et son savoir-vivre ! J'en ai ras-le-bol des caricatures outrancières - toujours les mêmes d'ailleurs, ce qui dénote un certain manque d'imagination - de certains torchons qui osent s'appeler journaux ; j'en ai ras-le-bol de ces harpies dépoitraillées, appelées Femen, qui représentent le summum de la vulgarité et certainement pas le prototype de la féminité. "La vulgarité est un crime" écrivait Oscar Wilde. Oui, elle est un crime contre la civilisation, contre la société et - allez, lâchons-le ! - contre l'humanité. Grave accusation qui impose aujourd'hui une sévère remise en question. Les familles, l'école et les élites doivent en être les artisans. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui comme hier, ces trois réalités font œuvre de civilisation. Civiliser, ce n'est pas supprimer les particularismes historiques et culturels. Civiliser, ce n'est pas imposer une prétendue "lutte des classes" au profit des catégories aisées. Civiliser, ce n'est pas faire taire les plus pauvres. Civiliser, ce n'est pas niveler et détruire les "inégalités" irréductibles de toute réalité humaine (la différence des sexes, des aptitudes intellectuelles et physiques, des héritages et des acquisitions économiques, etc.). Au contraire, civiliser, c'est construire la société, élever les humbles et pacifier les relations sociales. Mais civiliser ne rime pas avec vulgarité. Civiliser exige de lutter contre ce fléau culturel, contre cette crise spirituelle (au sens large du terme) qu'on oublie souvent et qui, pourtant, si elle n'est pas résolue dès que possible, fera empirer les autres crises que nous traversons (économique, sociale, etc.). Civiliser, c'est ne pas permettre qu'un plus petit se retrouve prisonnier de la spirale de la vulgarité. Civiliser, c'est instruire par le beau, le vrai et le bien. Civiliser, c'est rendre aux hommes la dignité humaine, non pas en leur faisant croire qu'ils sont meilleurs que les autres, non pas en leur faisant miroiter des droits à toutes les sauces, mais en leur permettant de construire la société de demain par les talents qu'ils ont reçus. 

       Et ça, ce n'est pas une utopie. Encore une fois, si on veut, on peut. Les politiques actuelles ne veulent pas transfigurer la société car elles refusent de voir la réalité en face, car elles refusent un inévitable braquage à 180° en reprenant le progrès objectif de l'humanité là où il a été dévoyé. Une authentique critique s'impose, donc beaucoup d'humilité et le sacrifice des plaintes perpétuelles d'un moi prisonnier de son petit monde à lui. Cette critique suppose de regarder objectivement l'histoire, sans idéalisation ni diabolisation du passé, du présent et de l'avenir. Notre société de 2015 ne peut plus continuer dans la voie boueuse où elle s'est enfoncée, spécialement depuis le chaos soixante-huitardesque. La résistance s'impose. Elle doit commencer dans la famille, où l'on doit enseigner plus que jamais aux jeunes générations la "noble horreur de la vulgarité". 



mercredi 22 juillet 2015

Aristote, reviens, ils sont devenus complètement fous !

"Tout ce que les hommes ont dit de mieux a été dit en grec" écrivait Marguerite Yourcenar. La célèbre femme de lettres, à l'intelligence pétrie de culture gréco-latine, savait ce qu'elle disait. Si tous les jours les journaux, les postes de télévision et les ondes radiophoniques nous rebattent les oreilles avec la crise grecque, les sirènes médiatiques nous parlent bien peu de l'histoire de ce pays, du trésor culturel que cette histoire a légué au monde en général, et à l'Europe en particulier, et des leçons que ce pays saigné à blanc a encore à nous donner. Mais quelle leçon pourrait-on retenir de l'histoire grecque pour servir à la construction de l'Europe, sinon une leçon de philosophie politique ?

Non la Grèce ne consiste pas en un gouffre de dettes insolvables, en un pays incapable de s'adapter à l'infaillible moule euro-économique, en un peuple rustique vivant au crochet des contribuables européens, intarissables (jusqu'à quand ?) vaches à lait d'une "Europe" dont personne ne sait plus ce qu'elle est ni ce qu'elle signifie... Il faut donc, en homme intelligent, dépasser les stéréotypes journalistiques ainsi que les conséquences de ces utopies politiques s'écroulant comme des châteaux de cartes.   Car le sol grec a engendré les plus grands penseurs de l'humanité, sans l'effort desquels la sagesse qui règne chez le peu de grands esprits qu'il reste à notre époque ne serait certainement qu'une douce illusion. De Platon à Xénophon, d'Anaxagore à Diogène, de Périclès à Aristote, d'Euclide à Pythagore, c'est toute une litanies de figures incontournables que la terre des Hellènes nous a légués et que les vrais philosophes, politiques, historiens et scientifiques étudient avec passion depuis de nombreux siècles. Ce patrimoine de l'humanité a bien souvent été méprisé sinon repoussé par les modernes, bien prompts, comme d'habitude, à jeter tout l'héritage culturel de l'Antiquité dans un inexorable maelström mythologique ou bien à le cantonner à jamais entre les murs naphtalinés d'un musée que personne n'ira visiter.

Alors sauvons ce patrimoine en montrant toute son actualité ! Ce n'est pas d'économie mondiale, de notations d'agences, de réajustements monétaires ni de Monopoli dont nous voulons parler, mais bien plutôt  de philosophie politique.

La Grèce, patrie fondatrice de la vie politique

 

Aristote

Osons résumer plus que brièvement la politique telle que les penseurs grecs nous l'ont enseignée. Le mot "politique" vient, rappelons-le, du grec Πολιτικά, c'est-à-dire textuellement "les choses de la cité" (Πόλις). Le premier à employer ce terme "politique" est Aristote, qui en fit le titre d'un de ses plus célèbres ouvrages. Le philosophe s'est en effet interrogé sur la sagesse nécessaire au gouvernement de la cité, structure politique de base au sein du monde grec de son temps. Le traité d'Aristote sera redécouvert au XIIIème siècle et saint Thomas d'Aquin en donnera un incontournable commentaire (In octo libros Politicorum Aristotelis expositio).

Que nous enseigne Aristote ? Il nous faut d'emblée arracher à la signification de la politique les scories et les stéréotypes que son exercice a accumulés au fil des siècles. La véritable politique est en dehors des combinaisons obscures, des intérêts d'un petit nombre, des recettes démagogiques, des joutes d'insultes et tutti quanti. Il est vrai que le mauvais exemple généralisé des prétendus hommes politiques d'aujourd'hui ne fait rien pour nous aider à découvrir le véritable sens de la politique...

Aristote considère la politique comme "la plus haute de toutes les sciences" car son but est l'organisation de la cité en vue du bien commun. Le bien commun dépasse le bien particulier. La cité regroupe un certain nombre d'individus sur un territoire donné. Ainsi, si l'homme est un animal social, il est aussi un animal politique, il est inséré dans la société politique que constitue la cité. Cette insertion est nécessaire pour lui faire atteindre le bien commun temporel.

Pour faire régner l'harmonie et la paix dans la cité, et ainsi la conduire à son bien commun, c'est-à-dire le bonheur, un principe supérieur d'ordre est nécessaire : c'est le gouvernement. Ce gouvernement de la cité n'est pas un nuage d'idées ni un être insaisissable : il comprend les hommes les plus sages, les plus remarqués pour leur science, qui seront ainsi capables d'organiser les relations sociales en vue du bien commun. Le gouvernement exige donc l'exercice des vertus, et, au premier chef, la vertu de justice. "Sans la vertu, (l'homme) est l'être le plus pervers et le plus féroce". Que dirait-on d'un grand nombre de nos magiciens politiques contemporains dont la vie est loin d'être un attachement radical à la pratique des vertus ?

La justice est à la base du bon gouvernement. Elle est la vertu par excellence du gouvernement, comme saint Thomas d'Aquin l'enseignera bien plus tard, comme saint Louis et tant d'autres souverains l'incarneront. "La justice est cette sorte de disposition qui rend les hommes aptes à accomplir les actions justes, et qui les fait agir justement et vouloir les choses justes" écrivait Aristote dans L'Ethique à Nicomaque. Ce qui est juste est ce qui est conforme au droit. Mais d'où vient le droit sinon d'un fondement inscrit dans la nature même de l'homme, qu'on appelle le droit naturel ? La nature humaine possède des droits imprescriptibles, qui sont ceux que Dieu a inscrits définitivement. La dignité de l'homme se fonde sur ces droits que personne ne peut modifier ou retirer sans porter atteinte à cette dignité et, par là même, sans se heurter à la volonté divine. Si Aristote ignorait la révélation judéo-chrétienne, il avait toutefois saisi que la dignité humaine se fondait dans un principe supérieur et divin. C'est dans cette dignité que se trouvent les authentiques droits de l'homme, qui ne sont pas nés, une fois pour toute, en 1789...

La justice, dans son exercice, consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. Elle établit donc une certaine forme d'égalité entre les personnes qui n'a rien à voir avec l'égalitarisme prôné par la Révolution et toujours vanté par les utopistes d'un monde "sans inégalités". Or l'histoire nous montre que si l'égalitarisme est indissociable de la violence (le communisme nous en donne des preuves indiscutables), la véritable justice, qui établit une forme d'égalité entre deux parties, est source de paix. Et ainsi, "la justice introduit un ordre dans la communauté politique". Il ne peut y avoir de paix sans ordre. Le gouvernement qui pratique la justice crée un ordre entre les individus composant la société politique. La loi, expression du droit et garante de son exercice, sera promulguée pour assurer cet ordre, notamment en récompensant les bons et en punissant les méchants.

La politique est donc fondamentalement une philosophie. Elle implique une sagesse organisatrice en vue d'un bien supérieur (le bonheur commun de la cité). Cette sagesse ne s'acquiert pas en un jour, ni même en diplômes de Science Po ou de l'ENA, encore moins en serrant des poignées de main  avec un sourire baba qui en dit long. Il faut une fois pour toutes distinguer l'homme politique du politicien, ce redoutable spécimen qui obnubile les braves gens depuis si longtemps et dont l'intelligence se nourrit de tout peut-être, sauf de sagesse politique !

La démocratie des cités grecques, modèle pour notre temps ?


Mais le gouvernement peut s'exercer de plusieurs façons ? En effet, il n'y a pas de modèle idéal de gouvernement, qu'on se le dise ! La société est une réalité contingente. La manière de gouverner sera donc adaptée en fonction des temps et des lieux. Cette intuition politique ne date pas des bouleversements civilisationnels de notre époque : Aristote en parle déjà en son temps.  En s'appuyant sur les constitutions des différentes cités, le philosophe distingue trois types de gouvernements : la monarchie (gouvernement d'un seul), l'aristocratie (gouvernement des meilleurs) et la république (gouvernement auquel participent tous les citoyens). Ces trois modèles peuvent connaître des dérives dès lors que les vertus politiques et la finalité du bien commun sont mises sous le boisseau : la tyrannie (le monarque gouverne dans son intérêt personnel), l'oligarchie (le pouvoir est entre les mains des plus riches) et la démocratie (le pouvoir est entre les mains des plus pauvres). La démocratie serait-elle une dérive politique ? Non, il s'agit là du terme employé par Aristote pour définir un excès de la participation des citoyens à la vie politique de la cité, ce que nous désignerons a posteriori comme une démocratie populaire (au sens marxiste-léniniste), qui se résout finalement à une démagogie, puisque le peuple-gouvernant est muselé par ceux-là mêmes qui exaltent son pouvoir...

Penchons-nous sur la démocratie ou plutôt la république. Le modèle sur lequel Aristote s'appuie est celui d'Athènes, dont la constitution a été rédigée par le grand législateur Solon. Celui-ci a en effet confié au peuple athénien un grand nombre de prérogatives quant au gouvernement de la cité. Toutefois, il ne faut pas y voir une souveraineté populaire, comme l'entendent les théoriciens de la démocratie moderne, celle issue des idées des Lumières et expérimentée pour la première fois - et dans quelles conditions ! - par la Révolution française. Aristote écrit à ce sujet, dans La Politique : " Solon lui-même n'a vraisemblablement attribué au peuple que le pouvoir strictement nécessaire, celui d'élire les magistrats et de vérifier leur gestion".

L'ekklesia à Athènes, sans absentéisme ni tweets acérés !

Si le mot "démocratie" désigne le pouvoir (κραος) du peuple (δημος), si la démocratie athénienne est le modèle lointain sur lequel les institutions des démocraties modernes se sont fondées, il faut noter de grandes différences. La démocratie se distingue par l'égalité des citoyens devant la loi et la liberté encadrée par des lois. La loi est le cadre qui permet à la démocratie de ne pas basculer dans l'anarchie. A Athènes, chaque citoyen pouvait être gouverné et gouvernant, il était capable d'accéder aux fonctions représentatives de la cité pour le gouvernement de tel ou tel service. Il y avait une alternance fréquente des magistrats, tirés au sort par l'ensemble des citoyens.Quant à la justice, elle était confiée à l'assemblée des citoyens, l'ekklesia, qui, en outre, votait les lois et le budget de la cité, décidait de la paix ou de la guerre et élisait les magistrats.

Le danger reste qu'un tel système politique est plus ou moins à la merci d'un personnage influent, qui va tenter de gagner la confiance de la majorité et en abuser en détournant le pouvoir à son profit. C'est la démagogie, qui peut finir par tourner en tyrannie. Pour parer à cela, Solon avait construit à Athènes un système mixte. La délibération des affaires communes et judiciaires de la cité était confiée à l'Aréopage, un conseil d'anciens magistrats issus des familles les plus remarquables d'Athènes : il s'agissait d'un pouvoir oligarchique. Étaient élus aux différentes magistratures les citoyens les plus honorables et méritants : pouvoir aristocratique. Quant aux tribunaux, ils étaient ouverts à des représentants directs du peuple athénien : pouvoir démocratique. Un tel équilibre permettait théoriquement d'éviter de tomber dans un excès ou dans l'autre.

Si ce système athénien a fonctionné plus ou moins efficacement pendant des siècles. Le déclin de la cité, à partir du IVème siècle avant J.-C., a provoqué inexorablement la remise en question de ce modèle politique. En effet, la démagogie a fini par l'emporter sur une conscience politique populaire fragilisée par les crises militaires, économiques et sociales. La mort violente de Socrate en est la plus symbolique illustration.

Quelles leçons pouvons-nous en tirer ? La crise des systèmes démocratiques modernes procède de plusieurs facteurs : mondialisation économique, désintérêt croissant pour les devoirs civiques, crises institutionnelles, défiance généralisée des citoyens, etc. Une telle crise, que nous expérimentons jour après jour, exige une nécessaire remise en question qui demande deux éléments indispensables : l'humilité et la mémoire. L'humilité nous pousse à accepter une fois pour toutes de ne plus nous attacher à quelque chose qu'on a longtemps jugé comme étant irremplaçable et indiscutable. La mémoire nous fait tirer des leçons de l'histoire et revenir à un système politique fiable, efficace, vertueux et honnête. Il ne s'agit pas de condamner définitivement la démocratie comme système politique, mais de corriger son exercice pour retrouver le fil d'Ariane de la véritable politique : le bien commun.

La démocratie athénienne, malgré ses échecs, malgré les limites et les défauts de son époque (par exemple, le maintien de l'esclavage et l'exposition des enfants handicapés), nous montre que la démocratie est possible à une échelle bien donnée. C'est ce que nous appelons aujourd'hui la démocratie de proximité, et qui pourtant était déjà expérimentée, d'une certaine façon, dans la France de l'ancien Régime par exemple. Athènes était une sorte de démocratie de proximité. La cité athénienne s'étendait sur 2600 km², c'est-à-dire un espace deux à trois fois plus petit qu'un département français moyen. La participation à la vie politique est efficace à l'échelle locale, puisqu'il s'agit du cadre de vie au quotidien des membres du corps social. Pour un Pas-de-Calaisien attaché à sa terre, la protection écologique de la Côte d'Opale, les faillites industrielles du bassin lensois et la pression migratoire de la plate-forme calaisienne sont des sujets plus qu'essentiels. En effet, il y a un ordre des priorités qui touche au bien commun, et d'abord au bien commun local. Si le Pas-de-Calaisien est un Français qui doit aussi se préoccuper de l'avenir de son pays, cet avenir national n'est atteignable que par l'avenir local, quand bien même cet avenir national ne consiste pas en une simple juxtaposition des intérêts locaux. Il s'agit de l'ordre de la charité sociale : la famille, le quartier, le village, le canton, le département, la région, le pays.

La mondialisation économique et la globalisation à tous niveaux ont bouleversé l'ordre anthropique. Il en est de même en politique. Il suffit de voir quelques extraits des séances de l'Assemblée nationale pour constater la faillite pure et simple d'un regroupement de représentants sensés défendre les intérêts de leurs concitoyens locaux, ceux-là même qui les ont élus. Si certains députés sont de bonne volonté, attachés à leur terre natale (sauf quand on change de circonscription comme de chemise au gré des stratégies de la politique politicienne...) et sincèrement proches de la population locale, comment pourront-ils, seuls, défendre les intérêts d'un canton sur 577 ? Les députés seront forcément insérés dans des stratégies partisanes sur des sujets globaux, dont certains intéresseront au premier chef les citoyens (retraites, fiscalité, sécurité, etc.), mais dont la plupart n'auront aucune conséquence directe et positive sur leur vie quotidienne. Et l'Olympe dans lequel évoluent les élus de la République semble de plus en plus à des années lumières de la réalité de tous les jours. Pourquoi ? Parce que l'abstraction politique des idéologues écarte tout réalisme pour éviter les sujets qui fâchent, retarder le coup de grisou d'un irrémédiable bouleversement ou jouer aux magiciens devant un peuple tragiquement crédule... Bref, il s'agit de défendre son fauteuil aux prochaines échéances électorales et le portefeuille qui va avec. Sans commentaire.

Un étudiant qui fait sa pause ? Non, un député français en pleine action démocratique !


La démocratie à l'échelle nationale - et on nous rebat les oreilles avec ce mot "démocratie" dont on ne donne finalement aucune définition claire et limpide - se résume à une illusion de participation des citoyens à la vie politique : le coup de tampon sur la carte électorale et le bout de papier jeté dans l'urne suffisent à assurer la sécurité démocratique ! Malgré les échecs cuisants de leurs outsiders depuis des décennies, malgré les revirements, les trahisons, les promesses de Gascons et les coups de Jarnac, les purs-et-durs du civisme à la française continuent à croire en un système dépassé, au bord de la banqueroute. Ils invoquent les mânes des conquérants de la liberté pour refuser toute remise en question : "on ne va tout de même pas revenir en arrière !" Car s'il n'y avait pas "cette démocratie", il y aurait forcément la dictature. Et je passe la litanies des préjugés et des amalgames. Qu'importe alors si les politiciens mentent, qu'importe s'ils s'en mettent plein les poches sur mon portefeuille, qu'importe si le pays s'écroule à cause d'une bande d'incapables, de corrompus et de je-m'en-foutistes, qu'importe si les impôts suivent la courbe du chômage, qu'importe si je me retrouve gros-jean comme devant, je croirai toujours en l'infaillible vérité du mythe de la démocratie moderne, quitte à recevoir avec elle l'injection fatale ! Nous sommes loin de l'authentique civisme des anciens, de l'attachement à la patrie, du sens du bien commun et du combat contre les vraies tyrannies. Aristote et Périclès doivent en perdre leur grec !

A côté de la démocratie de proximité, il y a le principe de subsidiarité. Il s'agit de rechercher à quel niveau l'action politique sera la plus efficace dans tel ou tel domaine. Autrement dit, cela consiste à décentraliser les responsabilités politiques en les confiant à des échelles plus localisées (région, département, commune pour ce qui concerne le système administratif français). Des compétences ont été attribuées à des conseils locaux représentant les citoyens à différentes échelles. C'est le rôle notamment des conseils municipaux ou généraux, où, théoriquement, la population locale sera plus efficacement représentée et où ses intérêts concrets seront considérés. Malheureusement, on le voit bien souvent, lorsque les politiciens envahissent la politique locale, le schéma national se reproduit lamentablement. Le principe de subsidiarité, s'il possède toute sa légitimité, est bien souvent un drapeau agité pour peu de choses, spécialement dans le contexte économique à l'échelle européenne, comme l'ont montré récemment les agriculteurs français.

La démocratie est-elle donc un échec cuisant ? Ce qui est sûr, c'est qu'il ne s'agit pas d'un système politique infaillible et absolu. L'expérience nous le prouve, et les gesticulations des adorateurs (et profiteurs) de la démocratie moderne le confirme définitivement. Mais puisque là où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie, comme disait saint François de Sales, le régime démocratique peut être vidé de sa substance, réduit à un cercle vicieux tourné par les vents de la démagogie, un bunker dans lequel on se croit en sécurité sans savoir quand il sera découvert et détruit. Il y a donc beaucoup d'illusion lorsque l'honnêteté et la vertu exposés dans La Politique sont relégués aux oubliettes... Les scandales financiers de certains hommes du système seraient-ils excusables ? Les Fouquet et les Mazarin de l'ancien temps, peu probes en la matière, avaient au moins le mérite d'être des hommes d'esprit, des ministres efficaces et des serviteurs fidèles.

Doit-on alors "repenser la démocratie" ? Certainement, mais cela exige un degré d'humilité infranchissable pour la plupart de ces hommes politiques qui ne sont au fond que des politiciens. Et ce n'est pas votre serviteur, loin des intrigues des écoles et des partis, qui va s'en charger...

Pour une Europe des nations souveraines, source d'un véritable équilibre politique


Le problème de la démocratie à l'échelle européenne nous invite à faire rencontrer les anciens Grecs avec leurs fils d'aujourd'hui. L'échec cuisant de l'insertion économique de la Grèce dans l'Union Européenne, il faut le dire, est moins dû à l'incapacité d'adaptation de ce pays aux critères et aux exigences d'un certain standing économique et politique, qu'à l'irréalisme pédant et à l'utopie criminelle des fabricants de cette Europe.

Pour comprendre, il suffit de revenir aux intuitions originelles d'une union à échelle européenne. Dans l'esprit des fondateurs de l'Europe contemporaine, tels Schumann, Monnet, Adenauer et De Gasperi, il s'agissait de dépasser le drame sans précédent de la seconde Guerre Mondiale en favorisant concrètement une réconciliation entre les peuples européens. Un tel projet consistait avant tout en un rapprochement culturel, ainsi que le proclamait Adenauer : "L’Europe ne sera possible que si une communauté des peuples européens est rétablie, dans laquelle chaque peuple fournit sa contribution irremplaçable, insubstituable à l’économie et à la culture européennes, à la pensée, la poésie, la créativité occidentales". Or cette contribution des nations à la culture implique un attachement à des valeurs communes et traditionnelles. Qu'a-t-on fait de ces valeurs ? Aujourd'hui, le revirement des tenants de la nouvelle Europe veut imposer de nouvelles valeurs morales et culturelles aux pays membres et candidats, quitte à fulminer des excommunications par la fameuse Cour européenne des droits de l'homme. Quant à la contribution économique, si elle favorisa les échanges commerciaux entre les pays membres, chacun conservant sa souveraineté et ses frontières, nous voyons ce qu'il en est aujourd'hui. Les frontières ont disparu, et, conséquence logique, la souveraineté des États a été quasiment offerte sur un plateau d'argent à Maastricht (1992) et à Lisbonne (2009). Sans entrer dans les détails de ces manigances machiavéliennes, il suffit de constater que l'Union Européenne formée par ces traités a perdu l'intuition originelle et le cadre légitime d'une Europe des nations souveraines, au profit d'un renforcement des pouvoirs des institutions européennes capables d'imposer un diktat unique et uniforme à chaque État membre. Les démocraties nationales n'ayant plus qu'à se plier aux exigences du Conseil et de la Commission européenne, sous peine de sanctions appropriées...

Le Sisyphe du XXIème siècle...

Où donc est la démocratie dans cette nouvelle Europe ? Si on a d'abord vu des avantages immédiats pour les individus (la suppression des frontières et des douanes et l'introduction d'une monnaie unique par exemple), on ne s'est pas rendu compte des conséquences logiques sur les intérêts nationaux : les flux migratoires incontrôlés et incontrôlables ont profité de la libre circulation, l'Euro a entraîné une incroyable inflation (ainsi, le petit café coûte aujourd'hui 1,50 €, alors qu'avant l'euro, pour le même prix, on avait droit en prime à une baguette et un croissant). Et finalement, quand on parle d'Europe en 2015, on ne pense plus à un cadre géographique et à un échange culturel, on pense à des institutions et à une banque centrales, dirigées par des personnages dont le fermier du coin ou la boulangère du village ne connaît même pas les noms, et qui pourtant vont s'ingérer dans les affaires de votre pays, en brandissant les pires menaces économiques, parce que vous n'avez pas respecté tel ou tel article entériné à Bruxelles. Loin des intérêts du paysan breton, du commerçant athénien, de l'ouvrier milanais. Et malgré tout çà, les sirènes continuent d'envoûter les esprits de la plupart de nos contemporains : "Supprimer l'euro, jamais de la vie", "Restaurer les frontières, à quoi bon ?" Le petit confort personnel a encore une fois triomphé sur la conscience politique et le sens du bien commun...

N'allons pas plus loin dans cette analyse des institutions européennes et de cette crise politique et économique qui frappe le vieux continent. Nous avons ouvert cette brèche pour montrer la faillite d'un système qui a dépassé les bornes en rompant avec l'intuition fondatrice. Récemment, on nous a rebattu les oreilles avec le possible Grexit. Certains ont avancé que la Grèce devait quitter la zone euro, non pas pour essayer de se relever, mais pour ne pas emporter les autres pays dans le tourbillon de la crise, bref (lisons entre les lignes) pour sauver le système. D'autres ont dit qu'il fallait qu'elle reste, non par compassion ou par une sorte de "thérapie de groupe", mais pour éviter de créer un précédent qui bouleverserait le mirage européen, quitte à faire chauffer de nouveau la carte bleue des contribuables... Et pourtant, un prétendu accord ayant été signé, la question se pose toujours : que va-t-il se passer ? La Grèce va-t-elle s'en sortir grâce à son cadeau empoisonné ? Et après la Grèce, au fond, à qui le tour ?

Bref, on a comme l'impression que l'euro est la monnaie absolue, que les institutions européennes sont le siège de l'infaillibilité, que la politique des tenants de la nouvelle Europe est le seul rempart contre l'adversité. Quant au reste, au bonheur des peuples, à la sauvegarde du bien commun, à la protection des frontières, à une nouvelle réflexion économique, on n'en parle même pas. Je dirai même plus : on s'en fiche éperdument. L'Europe, telle qu'elle est conçue aujourd'hui, est une réalité impalpable, virtuelle, elle semble se réduire aux opérations magiques de la finance, elle s'éloigne de plus en plus tragiquement de la vie et des soucis quotidiens de ses habitants. Et pourtant, il y en a qui veulent "plus d'Europe". Si une aire géographique peut s'étendre, un concept fantasmagorique peut-il être sans limites ? Sauf, sans doute, chez les petits esprits...

La question se pose donc : le Titanic est-il sur le point de couler ? Si c'est le cas, cela n'empêche pas les musiciens de continuer à jouer pour rassurer les passagers. Mais une musique aux accords dissonants qui laisse présager un sinistre épilogue à une véritable tragédie.

    Pauvre cité, pauvre philosophie politique !

    Aristote, reviens, ils sont devenus complètement fous !